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CHAPITRE II

Courtes réflexions sur la situation actuelle de la société. — Rareté des belles et des jolies femmes. — Affaiblissement et enlaidissement de la population. — Conséquences graves de l'indifférence des bommes à l'égard de la femme. — Jeunes femmes négligées ou abandonnées par leur mari. — Deuxième exemple de mort par suite de la compression du corps.

Le but de tout progrès doit être de nous rendre meilleurs , de prolonger la vie et d'augmenter notre bonheur : c'est bien ce que l'on cherche. Mais en présence des étonnantes découvertes qui ont lieu chaque jour et des erreurs que nous laissons subsister, n'avons-nous pas l'air de gens travaillant à l'achèvement du faîte d'un immense édifice, avant d'avoir terminé sa base? Car, malgré notre progrès, diminue-t-on assez vite le paupérisme, les vices hideux du jeu et de l'ivrognerie, la frénésie de l'agiotage? Cherche-t-on à arrêter la fureur stupide de l'usage du tabac? Non. Et, d'un autre côté, voyez donc combien les belles et les jolies femmes deviennent de plus en plus rares , et combien

aussi la majorité de la population devient de plus en plus chétive ou laide, en France surtout! Je sais bien que beaucoup de personnes vont jeter les hauts cris, mais je les attends au chapitre vi , où nous démontrerons la vérité de ces assertions.

Nous tombons parfois dans d'étranges contradictions ; en voici la preuve la plus triste : L'homme est le protecteur naturel de la femme. Cette protection qu'il lui doit est , après ce qu'il doit à Dieu, le plus grand et le plus doux de ses devoirs; et, cependant, il en devient le mauvais génie en ne désapprouvant pas , en n'empêchant pas une folle et barbare action volontaire de la compagne de sa vie ! Presque tous les hommes restent muets ou approbateurs à la vue du suicide journalier de l'être duquel ils attendent toute leur félicité!

Que résulte-t-il trop souvent d'une telle conduite? Quand on est marié, on a une femme fâcheusement coquette, stupide, acariâtre ou malingre, et des enfants qui ne valent pas mieux.

Ordinairement, le progrès chemine lentement; il n'en est pas de même des décadences qui marchent toujours rapidement. Il n'est malheureusement que trop vrai que nos jeunes femmes arrivées à l'âge de vingtcinq ou vingt-six ans ont déjà, presque toutes, perdu la plus grande partie de leurs attraits, et qu'elles ne met-

tent souvent au monde que des enfants chétifs, ou qui, s'ils ont l'apparence de la force et de la beauté, déclinent singulièrement en grandissant.

Indépendamment de ce que nous avons déjà dit du corset, hâtons-nous d'ajouter que la compression du corps, comme celle du cou ou des pieds, dispose à l'humeur noire, à la colère ; cause en peu de temps de la fatigue, un malaise général qui empêchent l'application de l'esprit et dégoûtent promptement du travail, quel qu'il soit.

Que de jeunes personnes s'attirent plusieurs malheurs en déformant leur corps ! Combien n'y en a-t-il pas qui sont dans un état maladif, dans la gêne ou la misère , ou atteintes de faiblesse intellectuelle par suite de cette fatale habitude! Combien n'y en a-t-il pas qui sont, peu de temps après le mariage, subitement négligées ou abandonnées par leur mari, à la suite d'une prompte altération de leurs charmes! — Quels sérieux sujets de réflexion !

Il y a quelques années on voyait, dans une grande maison de commerce du centre de Paris, une jeune fille fort jolie et très-amoureuse de sa taille de guêpe , que beaucoup de personnes à vue courte admiraient : c'était toute sa dot. Quand elle n'avait pas reçu vingt compliments dans la journée, elle était malade le soir. Au

bout de trois ans de compression, qui avait lésé un organe , la pauvre enfant succomba dans les plus cruelles souffrances. Son père faillit mourir de douleur, et sa malheureuse mère est devenue folle.

Le tableau exposé par plusieurs sommités de la science médicale, sur les désordres et les malheurs causés par l'abus du corset est aussi navrant qu'effrayant. Que de douces et ravissantes créatures affaiblies, déformées ou moissonnées faute d'un peu de réflexion! Eh bien ! disons-le : si les parents, en général, apportaient plus de surveillance et interposaient convenablement leur autorité, ils n'auraient pas à gémir sur des milliers de morts prématurées! Où sont donc les enfants qui résisteraient à la volonté de leurs parents? — Il n'y en a point.

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