‹ Considérations sur cinq fléauxChapitre 5 sur 28 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Causes qui ont fait échouer les auteurs qui ont cherché à détruire l'abus du corset. — Double malheur causé par la compression du corps. — Nécessité d'instituer des cours spéciaux d'hygiène pour les femmes et les jeunes filles.

J'ai recherché les causes qui ont fait échouer les auteurs qui ont voulu détruire l'abus du corset, et j'ai trouvé que ces causes sont au nombre de sept, les voici :

1° Presque tous ces hommes de science ont traité cette grave question d'une manière aussi brillante que profonde, mais en se renfermant dans leur spécialité ;

2° Ils n'ont pas été secondés par les chefs de famille ;

3° Ils n'ont pas davantage été appuyés par aucune de nos administrations qui ont toujours cru, selon moi bien à tort, qu'elles n'avaient rien à faire pour guérir le mal ;

4° La presse périodique, les écrivains, les caricaturistes de génie, malgré tout ce qu'ils ont fait, n'ont pas suffisamment prêté leur concours ; les vaudevillistes n'ont rien fait, ou a peu près ;

5° L'ignorance, Je manque de goût, la sottise ou la fourberie de beaucoup d'hommes qui étourdissent de leur adulation les femmes qui se serrent à outrance, en les félicitant à tout propos sur leur taille étranglée ;

6° L'absence, presque générale chez le beau sexe, de notions d'hygiène;

7° El enfin, l'étourderie ou la coquetterie outrée d'une infinité de femmes et de jeunes filles : toutes choses qui ont rendu et rendent encore leur résistance pour ainsi dire invincible contre la modification et l'emploi raisonnable du corset, deux conditions cependant indispensables dans l'intérêt de la santé publique non-seulement compromise, mais profondément altérée.

A une époque assez éloignée, il y avait à Paris deux jeunes personnes très-remarquables que l'on voyait peu dans le monde, mais assez souvent aux Tuileries avec leur mère. La ressemblance de ces deux charmantes filles était frappante, et on les croyait jumelles, quoiqne cela ne fût pas. Elles étaient vraiment bien jolies et avaient un extérieur plein de distinction. Une chose qui attirait surtout à leur suite une foule de jeunes lions, c'était leur taille de guêpe. — « Si elles continuent, disje un jour à un de mes amis, je ne leur donne pas quatre ans à vivre. »

Elles se marièrent. Moins de trois ans après, l'une

mourait des suites d'une fausse couche, et l'autre d'une péritonite aiguë après sa première couche. Les hommes de l'art furent d'accord sur la cause de leur mort : on la devine. Leur malheureuse mère mourut de chagrin.

Espérons que la sollicitude du gouvernement lui fera instituer des cours spéciaux d'hygiène pour les femmes et les jeunes filles, et que nous aurons bientôt des preuves de leurs bons effets.

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