‹ Considérations sur cinq fléauxChapitre 7 sur 28 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

11 y a aussi des hommes qui sont victimes de la manie de se comprimer le corps.

A chacun sa^part, puisque beaucoup de jeunes lions et même des vieux rivalisent avec une grande partie du beau sexe pour nous faire arriver au crétinisme.

Si l'action de se comprimer le corps est cruelle et funeste chez la femme, elle est singulièrement ridicule chez l'homme , ce qui ne lui ôte pas ses dangers. Ce travers, chez notre sexe, indique ordinairement une fatuité excessive.

Le nombre de ceux que l'on pourrait appeler des comprimés ou des étranglés, augmente sans cesse, c'est un vrai malheur, mais espérons qu'il aura bientôt un terme. En attendant, les affections de poitrine, du cer-

i On trouvera dans ce livre des répétitions que je n'ai pu éviter; il y en a d'autres que j'ai laissées à dessein, les croyant nécessaires.

veau, du foie, les gastrites et bien d'autres, vont leur train chez nos écervelés, en causant aux familles les craintes les plus vives et aussi les pertes les plus douloureuses.

Certainement il est bien de se mettre avec élégance, mais jamais aux dépens de sa santé. Se comprimer le corps afin de paraître beaucoup plus mince qu'on ne l'est réellement, quel nom donner à cela ? Vraiment, quelquefois on enferme des individus qui sont bien moins fous.

Cette ridicule et pernicieuse habitude fait d'effrayants progrès dans les armées. N'était-ce donc pas assez déjà du fer, du plomb et des fatigues pour moissonner les guerriers? fallait-il y laisser joindre la strangulation volontaire ? Sans doute, il est de rigueur qu'un militaire soit mis avec goût; mais il ne doit jamais être serré et encore moins gêné dans ses mouvements, puisqu'il est appelé à exécuter les rudes travaux de la guerre. D'ailleurs les vêtements étroits sont toujours nuisibles.

Que de fois j'ai vu passer des enfants de Mars pinces comme des poupées, et le public se retourner pour les regarder et lancer , à leur insu, un blâme énergique et des mots aussi piquants que moqueurs qui ne rencontraient que de l'approbation !

Que des femmes et des jeunes filles ayant perdu le

sens commun par excès de coquetterie se tuent en se serrant le corps à outrance, on le comprend ; mais que des guerriers qui brillent par leur courage, leur instruction, par un physique martial, tombent dans ce ridicule, voilà qui est bien fait pour causer de la stupéfaction !

J'ai connu des militaires qni sont morts pour avoir fait usage du corset ou de l'équivalent. Presque tous ont été emportés soit par une gastro-entérite, une pulmonie, une inflammation du cerveau ou du foie. Aujourd'hui que ce travers est en vogue plus que jamais , MM. les médecins des hôpitaux militaires et ceux des régiments vont sans doute faire des observations qui les mettront à même d'éclairer l'autorité supérieure à ce sujet, comme sur l'obligation funeste où l'on est encore (en 1857!) dans plusieurs armées, de se serrer avec le collet de l'habit qui s'agrafe du haut en bas. Mais ne vaudraitil pas mieux prévenir ces expériences en profitant du passé 1 ?

Il est très-important que le col de la chemise ne soit pas serré. Ceci doit nécessairement s'entendre aussi des cravates, des cols, etc., dont on se ceint le cou. On a vu des congestions cérébrales et des apoplexies causées par l'inobservation de cette règle.

Presque tous les auteurs se sont élevés avec force contre les

cols que portent les militaires. On a vu des régiments entiers moissonnés par des affections cérébrales, causées par cette pièce de l'habillement.

(Extrait du Cours d'hygiène du docteur L. Rostan.)

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