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CHAPITRE VI

Signes, causes et preuves de la décadence physique de la race humaine en France.

Le nombre des individus de très-petile taille ou affectés de maladies soit chroniques, soit incurables, ou de difformités, est hors de toute proportion en France depuis assez longtemps déjà malgré des mesures et des réformes salutaires , malgré les progrès de l'art médical et le dévouement de nos médecins. Chacun peut s'en convaincre facilement, car il suffit pour cela de consulter les hommes de l'art, les statistiques, d'examiner attentivement le public pendant quelques semaines, et le résultat sera de donner la preuve que la quantité de personnes faibles, difformes de corps, de figure, ou malingres, est considérable. Nous remarquons peu cet état de chose parce que nous y sommes habitués ; mais interrogeons aussi les peintres et les statuaires, ils nous répondront affirmativement et par des plaintes amères sur la rareté des modèles.

Veut-on d'autres preuves? Que l'on voie les nonvaleurs constatées, chaque année, par les conseils de révision après le tirage au sort des jeunes gens appelés pour le contingent de l'armée, et que l'on n'oublie pas combien il est difficile de trouver des hommes d'une stature exigée par les ordonnances pour les régiments de la garde, les armes spéciales, et même pour les compagnies de grenadiers de la ligne : difficulté qui ne s'était jamais fait sentir aussi fortement en France. Nous sommes au-dessous de la Bavière, dont les journaux nous ont fait connaître récemment que sur le nombre total des jeunes gens appelés à concourir pour le contingent annuel de l'armée en 1855, la moitié seulement a été reconnue propre au service ; déclaration qui a produit une singulière sensation dans le pays, et de l'étonnement partout, particulièrement chez nous, où l'on ne sait généralement pas dans le public à quel degré on en est sous ce rapport. Notre étonnement aurait donc quelque chose de plaisant, si le sujet n'était pas si triste.

Voici l'état des jeunes gens exemptés, chez nous, pour infirmités ou défaut de taille, depuis que la loi de 1832 a fixé le minimum de la taille à l mètre 56 centimètres (4 pieds, 9 pouces, 7 lignes).

Dans les sept classes de 1831 à 1837, en y comprenant ceux qui ont été réformés au corps pour infirmités

contractées avant d'y entrer, il y a eu 459,000 exemptés et 504,000 reconnus bons pour le service.

Dans les sept classes de 1839 à 1845, 491,000 ont été exemptés, 486,000 seulement ont été déclarés bons pour le service.

Ainsi, dans la première période, sur 100 conscrits, 45 1/2 sont infirmes ou nains ; dans la seconde, 50 1/2 sont dans cette position.

Voilà donc l'état de la jeunesse française ; et dans 18 années (de 1832 à 1850), qu'on regarde généralement comme si prospères, sa force a diminué et sa santé s'est altérée. Par l'état des jeunes Français de 21 ans, constaté ainsi de la manière la plus authentique, on peut juger avec certitude l'état de la faiblesse , de la débilité d'une grande partie de la population française et des progrès dans le mal. [Documents puisés au ministère de la guerre en 1850.)

Le mal n'a pu qu'empirer depuis six ans.

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