IX. Maux que cause l'envie à celui qui en est l'objet
L'apôtre saint Jacques nous marque les diverses manières dont l'envie nuit à celui qui en est l'objet. Où est l'envie et la contention, ditil, là se trouvent l'inconstance et toute sorte d'actions dépravées ( 1 ) : inconstance dans l'intellect qu'elle trouble; actions dépravées, par la volonté qu'elle corrompt.
Non seulement l'envie offusque l'intelligence comme les autres passions; mais elle la change et la retourne entièrement. Rappelez- vous quels étoient vossentimens sur cet homme, avant que le chagrin de ses succès se glissât dans votre cœur. Vous aviez pour lui de l'estime, peut être de l'amitié; vous lui trouviez des vertus, des qualités, que vous vous plaisiez à reconnoître ; mais depuis que l'envie a placé devant vos yeux ses verres ternis, vous le voyez absolument différent. Dans votre esprit prévenu, son courage est devenu témérité; sa prudence, timidité; sa générosité, dissipation; son économie, avarice; . son zèle du bien public, ambition démesurée; sa vie retirée, indolence de caraclère; sa franchise, imprudence; sa réserve dissimulation; sa piété, hypocrisie. Quel changement est donc survenu dans cet homme ? Non, il est toujours resté
(i) Ubi zelusetcontentio, ibi inconstantia , et omne opus pravum. Jac. ui. 6.
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le même; c'est vous qui êtes changé, et qui
l'êtes par celle malheureuse passion qui vous
fascine, et qui vous fait paroître digne de blâme
celui qui, peu auparavant, étoit l'objet de vos
éloges.
Si l'envie se bornoit à former des jugemens défavorables, ceseroit déjà un péchébien grave; mais enfin elle ne seroit pas aussi dangereuse. Mais elle ne reste pas concentrée dans le cœur, elle éclate au dehors; et, pour se satisfaire, if n'est rien qu'elle ne se permette. Il n'y a pas de mal qu'elle ne cherche à faire à celui qu'elle poursuit; il n'y a pas de crime qu'elle n'ait fait commettre. Violenle et cruelle, si elle a la force en main; souple et artificieuse, si elle se sent foible, elle prend pour nuire toàs les caractères : elle met en œuvre tous les moyens : elle emploie jusqu'au voile de l'amitié, afin de trahir plus efficacement; et affecte de donner quelques louanges, pour enfoncer plus sûrement et plus profondément le poignard de la médisance. C'est en embrassant Amasa , que Joab le perce de son glaive.