‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 105 sur 157 · I. Notion de l'avarice · texte numérisé non relu

I. Notion de l'avarice

Car il ne faut pas croire que l'avarice consiste à amasser des trésors. L'accumulation de l'argent est un effet de l'avarice , mais n'est pas l'avarice même. Cette passion , ainsi que toutes les autres, réside dans le cœur, et se manifeste de même par des actes extérieurs. L'avarice est , comme le disent , avec saint Thomas , tous les moralistes , une ardeur immodérée d'augmenter son bien. Que ce soit pour entasser, que ce soit pour dissiper que l'on ressente cet amour déréglé de l'argent , c'est toujours avarice. Elle sert également les deux excès contraires, la parcimonie , et la profusion. Observez avec attention les prodigues, vous les verrez presque toujours avares. Ils le deviennent par

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besoin, comme les autres le sont par sentiment. N'imaginez donc pas vous soustraire aux anathèmes prononcés contre l'avarice, parce que vous aimez l'argent, non pour le renfermer, mais pour le dépenser. Ce n'est pas seulement l'usage criminel , c'est l'attachement désordonné , que les livres saints condamnent dans une multitude d'endroits (i). Pour détruire les funestes effets de l'avarice , Dieu proscrit le sentiment qui les produit. Pour empêcher les fruits empestés de naître , il en étouffe le germe.

Nous disons que l'avarice est une ardeur immodérée d'augmenter son bien. Ce n'est pas la possession, c'est l'attachement déréglé à la richesse, qui fait le crime. Dieu, qui regarde plus l'intention que les œuvres , juge l'avarice , non à raison de la fortune dont on jouit, mais à raison des désirs que l'on nourrit. Comme il permet déposséder les biens de la terre, if trouve bon qu'on les acquière, pourvu que ce

(i) Nihil est iniquius quàm amare pecuniani; hic enim et animam su a m vcnalem habet. Eccli. x. 10.

Qui anrum diligit non justificabitur. Eccli. xxxi. 5. Qui confidit in divitiis suis corruet. Prov. vi. 28.

Qui festinat Jitari non erit innocens. P/w. xxvm. 30. Pro eo quod habuisli Cduciam in munitionibus, et in thesauris tuîs , tu quoque capieris. Jerem, xlviii. 7.

Dixit quoque ad illos : Vidcte et cavete ab omni avaritiâ : quia non in abundantiâ cujusquam vita ejus est ex his qu» possidet. Luc, xii. i5.

soit licitement, et par des voies honnêtes. Augmenter son avoir par une louable industrie, ou par une sage économie , n'est pas contraire à la religion. Tant que le désir se contient dans de justes bornes, tant que les moyens sont conformes à la justice et à la charité, tant que l'usage tient un juste milieu entre la parcimonie et la prodigalité , l'accroissement de la fortune n'est pas condamné; la richesse peut être un moyen de salut. Combien de saints personnages de l'ancienne et de la nouvelle loi , se sont sanctifiés par ce moyen. Ce n'est pas à la pauvreté effective , c'est à l'esprit de pauvreté, que Jésus-Christ promet le royaume des cieux (1). On peut même dire qu'une abondance modérée est l'état le plus désirable; celui où l'on est exposé à moins de tentations ; celui où , dans le fait, il existe le plus de vertus (2) ; celui où le plus sage des hommes , inspiré par l'Esprit saint, aurait désiré d'être placé (3).

(1) Beati paupercs spiritu : quoniam ipsomm est regmim coelorum. Malth. y. 3.

(a) Bona est substantia, qui non est peccatum in conscientin. Eccli. xiii. 3o.

(3) Mendicitatem et divitias nè dederis mihi : tribue tantùm Tictui mco necessaria : nè forte satiatus alliciar ad negandum ; et dicam : Quis est Dominus? aut egestate compulsus furer, tt perjurem nomen Dei mei. Prov. xxx. 8, 9.

sr» l'avarice.

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