II. La religion reprime l'avarice
Le désir de s'enrichir, pour rester légitime, et pour ne pas dégénérer en avarice , doit être modéré. Mais il n'y a ( et il est aisé de le sentir) que la religion qui puisse mettre un frein à une passion aussi impérieuse. La ligne qui sépare le sentiment honnête du péché n'est pas toujours facile à apercevoir : et il est aisé de s'égarer entre deux régions, dont les limites souvent ne sont pas bien marquées. Cependant le chrétien reçoit de la foi , des règles dont l'observation exacte le tiendra dans le droit sentier du devoir, et l'empêchera de se jeter dans les voies tortueuses de l'iniquité. D'abord il doit soumettre ce désir, comme tous les autres, h la volonté de Dieu. Il lui est permis sans doute de supplier le Seigneur de bénir ses travaux; mais il doit le demander avec résignation , dans la disposition sincère d'accepter de la main divine, soit le bien , soit le mal qu'elle jugera à propos de lui envoyer (î) ; et de recevoir ses faveurs avec reconnoissance , ses rigueurs avec respect. Il doit ensuite se proposer un but honnête; c'est-à-dire , ne pas s'occuper de s'enrichir pour se livrer au luxe., ou aux autres dépenses que réprouve l'esprit religieux; mais avoir en
(i) Sibona suscepimusde manu Dei, malacruarè non sugcipiamus ? Job . h . i o .
vue de se procurer une aisance honnête ; d'assurer à sa vieillesse une subsistance convenable; de donner à ses enfans des établissemens sortables, et surtout gne éducation cultivée et chrétienne. Un autre devoir, imposé par l'Esprit saint , est de ne pas se livrer à des désirs vagues et illimités; mais de mettre soi-même à ses travaux une borne qu'on ne passe jamais, et surtout de ne jamais soupirer après le bien d'aulrui, qu'on ne peut, ni ne doit avoir (i). Un point essentiel encore , en concevant le désir d'augmenter sa fortune, est d'y joindre la résolution ferme, efficace, et dont jamais rien ne puisse détourner, de ne se permettre dans aucun cas des moyens que la justice réprouve, ou que la délicatesse rejette ; et dans les circoastances , qui ne se rencontrent que trop souvent sur la route de la fortune, où le devoir paroit incertain , et qui laissent des doutes sur la légitimité d'une action , de suivre constamment le parti le plus sûr, et de se conduire d'après les conseils de directeurs qui réunissent le double mérite de la piété qui n'a en vue que le bien , et des lumières qui le font découvrir. Enfin le chrétien doit se proposer, dans le cas où les bénédictions divines versées sur son travail le feroient fructifier, de faire de la richesse que
(i) Noli laborare ut diteris : sed prudentia? tuae pone moduin. Nè erigas oculos tuos ad opes <juas non potes kabere. Prov. xxiii. 4? 5.
sur l'avarice. 255
Dieu lui enverra l'emploi qu'il lui prescrit (i ) , de lui en rendre dans la personne des pauvres la part qui lui appartient (2), et de se former un trésor dans le ciel de celui que le Seigneur lui aura accordé sur la terre (3). En se tenant fermement attaché à ces principes , le chrétien évitera l'avidité dans le désir, l'âpreté dans la recherche , l'abus dans l'usage : il pourra satisfaire à la fois ses souhaits et sa conscience; et, recueillant avec modération la graisse de la terre, recevoir avec abondance la rosée du ciel.