XII. Effet de la detraction pour la aocic'té
Car, comme dit encore l'Esprit saint, la mort, de même que la vie , est un pouvoir de la langue (2). Quel esprit humain en effet est capable de calculer les terribles effets de la détraction ? L'apôtre saint Jacques la compare , avec grande justesse , à un feu dévorant, qui se répand avec d'aulant plus de rapidité, qu'il trouve plus de matières à ses ravages. Une foible étin-
(1) Si mordeat serpens in silentio, nihil eo minus hàbet, <roi occulté detrahit. Eccli. x. 1 1.
(2) Mors et vita in manu linguœ. Prov. xyiii. ai .
celle vient de consumer une vaste forêt Vous avez lâché une médisance : il n'est plus en votre pouvoir de la retenir : elle va se répandre , et peut-être beaucoup au-delà de votre intention. Auteur de toutes les diffamations, vous en êtes coupable. Les péchés de toute une contrée deviennent les vôtres. Vous médisez par toutes les bouches. En circulant de bouche en bouche , de société en société , de ville en ville , votre détraction laissera de tous côtés , pour traces de son passage, le trouble et le désordre (2). Ils vivroient encore dans la tendresse , dans la confiance réciproque qui faisoit leur bonheur, ces époux que nous voyons maintenant dans une douloureuse apposition , dans une séparation scandaleuse , sans le trait malignement lancé, qui a porté dans leurs cœurs le poison de la haine. Pourquoi sont-ils devenus acharnés les uns contre les autres, ces frères, ces parons , qui se chérissoient si tendrement ? On seul mot rapporté a changé leur amitié en une implacable inimitié. Les deux hommes qui» le. fer à la main, et la rage dans le cœur, s'é-
(1) Et lingua qu'idem modicura mcmbrum est : sed magna exaltât. Eccè quantus ignis, cniam magmani silvam incendit. Et lingua ignis est, universitas iniquitatis. Jac. m. 5, G.
(2) Vir peccator turbabit amicos , et in medio pacem ha-
bentium immittet inimicitiam Susurro et biïinguis niale-
dictus : multos enim turbabit pacem babentes. EccU. xxyuu 11 , i5.
lancent l'un contre l'autre pour se détruire , étoient deux intimes amis , qu'un rapport, vrai ou faux, pousse à ces atroces vengeances, restes de l'ancienne barbarie , que le monde décore du nom d'honneur , et que n'a pu étouffer la juste sévérité des lois. Vous avez vu autrefois cette communauté si édifiante par sa concorde, par le bon esprit qu'y faisoit régner l'union générale. Vous êtes aujourd'hui scandalisé de la discorde qui met en fermentation tous ses menbres. Vous en trouverez le principe dans quelques mauvais propos , qui les ont tous opposés entre eux. Qu'est-ce qui a fait de cette ville, ci-devant si tranquille , séjour de la paix , où tous les citoyens couloient des jours heureux dans les doux liens de l'estime et de l'amitié mutuelles, qu'est-ce qui en a fait un théâtre de partis, de querelles, de factions? Un seul détracteur a suffi pour corrompre tous les esprits, pour verser dans tous les cœurs le poison que distilloit sa bouche (1). Et les états mêmes n'ont -ils pas souvent ressenti les terribles effets de ce vice funeste ? N'avons-nous pas vu des révolutions préparées par les calomnies que des langues criminelles répandoient avec art sur les souverains les plus vertueux , pour aliéner d'eux des peuples? Combien de fois de faux rapports ont précipité les empires les uns
(1) Terribilis est in civitate suâ vir linçuosus. Eccli. ix. -i5.
contre les autres , et ont été les causes secrètes des guerres destructives de l'humanité !