XIX. Moyens de reparer
Ne vous désespérez cependant pas, ô vous qui avez eu le malheur de vous laisser entraîner à ce dangereux péché , ce seroit le comble de votre infortune. La difficulté , l'impossibilité même d'une réparation convenable ne doit être ni un motif de vous décourager, ni un prétexte à ne faire aucun effort. Maître indulgent , Dieu ne vous demande que ce que vous pouvez ; mais maître exact , il l'exige absolument. Vous ne détruirez peut-être pas les impressions que vous avez faites ; mais vous les affaiblirez; et, si vous ne détrompez pas tous ceux que vos suggestions ont égarés, vous pourrez au moins en ramener quelques-uns. Il en est à cet égard de la réparation de l'honneur, comme de celle de la fortune. Celui qui se trouve dans l'impuissance de rendre tout le bien injustement acquis , doit restituer çe qui est en son pouvoir. Ainsi vous devez vous efforcer de rendre la réparation de la réputation aussi entière que vous le pouvez. Il n'y a que l'impossibilité qui vous excuse de ne pas la rendre complète ; de ne pas la remettre au point où elle étoit avant votre détraction. Mais tout ce qui vous est possible vous est prescrit. Quel est le moyen d'opérer cette si essentielle réparation? Il faut distinguer la calomnie et la
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médisance. Avez-vous raconté sur votre frère des faussetés? C'est une rétractation franche et positive que vous devez à lui et à Dieu. Vous êtes obligé d'avouer votre tort dans toute son étendue. Si votre réputation en souffre, celle de votre prochain , que vous avez altérée , exige impérieusement ce sacrifice. De même qu'un intérêt ne peut être compensé qu'aux dépens de l'intérêt , la réputation doit être lavée aux dépens d'une autre réputation. En matière d'honneur, payer, c'est s'humilier. Moins criminelle de sa nature que la calomnie, la simple médisance a cela de plus fâcheux , qu'elle est plus difficile à réparer. La rétracter seroit un mensonge : en parler même seroit quelquefois une imprudence : on courroit risque de ranimer des impressions qui commencent à s'effacer; de répandre davantage la publicité qu'on désire arrêter. Il faut un sage discernement pour juger les circonstances où l'on peut sans inconvénient pour le prochain , et où par conséquent on doit avouer que c'est à tort qu'on en a mal parlé , et convenir de la légèreté , ou de la passion qui a fait tenir le propos injurieux. Mais il est une sorte de réparation que l'on peut * * et que l'on doit toujours. Les compensations en ce genre sont louables, justes , et , quand on ne peut pas mieux , sont nécessaires. Vous avez dit de votre frère le mal que vous saviez : ditesen le bien que vous connoissez. Vous avez ré-
vélé ce qu'il y a de blâmable : publiez ce qu'il y a d'estimable en lui ; et , si vous ne pouvez détruire l'opinion fâcheuse que vous avez donnée de ses défauts, balancez-la du moins par l'opinion avantageuse que vous inspirerez de ses bonnes qualités.