‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 138 sur 157 · XX. Difficulté et manière de se corrigér · texte numérisé non relu

XX. Difficulté et manière de se corrigér

Il est, comme nous l'avons observé avec peine, extrêmement facile de se livrer au vice de la détraction , que tant de passions fomentent , que tant d'occasions favorisent , que tant d'exemples accréditent , et semblent autoriser. Mais nous devons ajouter avec une amère douleur qu'il est souverainement difficile de s'en corriger. L'Esprit saint l'a déclaré : L'homme qui en a pris la funeste habitude ne s'instruira pas à la réformer dans toute la suite de ses jours (1). La maladie la plus incurable est celle que l'on ne cpnnoît pas, et surtout qu'on ne veut pas connoître ; dans laquelle on $e complaît , dont on hait le remède , dont on craint la guérison. Semblable au coursier indompté qui , lorsqu'il s'est emporté , n'a plus rien qui arrête sa course, la langue qui a rompu le frein de la religion ne peut plus être retenue. Pour qu'un homme accoutumé à la détraction s'en

(i) Homo assuetus in verbis improperii, in omnibus diebus suis non crudietur. Eccli. xxm. ao.

Stlll LA DÉTRACTION. 3^1

Corrigeât, il faudroit qu'il parvînt à dominer, et la première nature corrompue qu'il a apportée en naissant, et cette seconde nature plus perverse encore , et plus tenace , qu'il s'est donnée à lui-même par ses habitudes.

Craignons donc , l'Esprit saint nous le crie , craignons une chute qui pourroit nous causer une plaie incurable et mortelle (i). Mais, demande l'Ecclésiastique , qui est-ce qui gardera ma bouche , et qui mettra sur mes lèvres un sceau assuré , qui prévienne cette chute fatale et empêche ma langue de me perdre (2) ? Pour nous préserver de ce malheur, deux choses sont nécessaires. D'abord demandons-en la grâce à l'auteur de tout bien, à qui, ainsi qu'il nous l'apprend, il appartient de gouverner la langue (3). Inspiré de son esprit, David s'adresse à lui pour obtenir cette insigne faveur. Il le conjure de placer une garde sur sa bouche; et de mettre à ses lèvres une porte de circonspection (4)* Mais en même temps , et c'est notre second devoir, il se croit obligé de coopérer à

(1) Attende ne fortè labaris in linguA et sit casus tous

insanabSiis in mortem. Eccli, xxvm. 3o.

(a) Quis dabit ori meo custodiam , et super labîa mea signaculum certum , ut non cadara ab ipsis , et lingua mea per dat me. Eccli, xxn. 33.

(3) Hominis est animam pneparare , et Domini gubernarc linguam. Prov. xvi. i.

(4) Pone , Domine , custodiam ori meo , et ostium circumstantia» labiis meis. Psalm. cxl. 3.

la grâce qu'il implore. Il veillera avec soin sur ses voies : et afin de ne pas pécher par sa langue, il posera lui-même une garde à sa bouche (1). Vigilance et prière, voilà les deux remèdes aux tentations indiqués par le divin maître (2). Vigilance pour éviter les occasions, prière pour obtenir la force d'y résister. Si je prie avec ferveur, Dieu m'accordera la grâce de la vigilance : si je veille avec soin , il exaucera ma prière. A ces moyens , il est encore utile d'en joindre un autre. Cet esprit de censure qui est né avec vous, vous éprouverez une grande difficulté à le réprimer : dirigez-le vers vous-même. Il vous deviendra aussi salutaire qu'il eût été pernicieux. Au lieu de rechercher les défauts du prochain , observez les vôtres. Au lieu de railler de ses fautes , reprochez-vous celles dont vous vous rendez journellement coupable ; et descendant dans votre conscience, exercez contre vos propres péchés la sévérité de votre critique.

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