VII. Ni frein
Ainsi , courant de crime en crime , le libertin ne connoît plus rien qui l'arrête. Aucun frein n'est capable de retenir celui qui a brisé le frein naturel et sacré de la pudeur. Qu'est-ce en effet qui pourroit contenir les attentats de l'incontinence ? Le droit des gens ? Les Sichimitcs le violent par le rapt de Dina. Les liens du sang? Ils n'ont pas la force de retenir l'incestueux Amnon. La dignité de l'état ? La femme de Putiphar se ravale à solliciter au crime son esclave. La gravité de la magistrature? Deux vieillards, juges d'Israël, la dégradent vis-à-vis de Suzanne. La majesté du trône ? David, l'homme selon le cœur de Dieu, devient adultère ethomicide; etson fils, le plus sage des hommes, idolâtre^ La consécration du ministère? Les fils d'Héli profanent publiquement leur sacerdoce. Le soin même de la vie, le besoin de sa propre conservation, qui est généralement le sentiment le plus actif, le mobile le plus puissant de l'homme, l'est moins que cette terrible passion , et souvent n'a pas le
(1) Infixus sum in limo profundi : et Tion est substantia. Psalm. lxviii. 3.
338 sur l'impureté.
pouvoir de la modérer. La sentence de mort est prononcée contre les Israélites qui ont péché avec les filles de Moab : les potences sont élevées, les glaives aiguisés; le peuple, prosterné dans la terreur et dans les larmes , entoure le tabernacle. Dans ce moment même , dans ce moment de douleur et de consternation universelle, voilà que l'impudique Zambri se présente audacieusement , pour commettre avec une Madianile le péché qui va, l'instant d'après, être si terriblement puni (1). Tout sans exception, tout est sacrifié à cette ardente passion. La fortune : le libertin la dissipe dans des dépenses extravagantes. L'honneur : il s'avilit par ses bassesses envers les objets les plus méprisables. La réputation : il se rend , sans en être ému , la fable du public , l'objet de la risée générale. L'amitié : il la trahit sans difficulté, en fait même quelquefois le moyen qui fait réussir, et le manteau qui couvre les dissolutions. Les devoirs d'état : il Jes néglige, uniquement occupé de l'objet qui l'absorbe. La tendresse paternelle : il ruine ses enfans , laisse leur éducation abandonnée , les perd par ses exemples.
Tout intérêt est immolé , tout devoir foulé aux pieds , toute vertu sacrifiée , tout sentiment étouffé par le libertinage.
(i) V. JVum. xxv.
sur l'impureté. 369