XV. Moyens d« se préserver de l'impureté
Tremblez donc de tomber dans ce péché si criminel par sa nature, si séduisant par ses attraits, si redoutable par ses suites , ô vous qui avez eu le bonheur de conserver jusqu'à ce jour votre précieuse innocence» Pour vous en ga~
rantir efficacement, observez avec attention tout ce qui y conduit, et évitez-le avec un soin continuel. Ne craignez pas l'excès des précautions. Vous ne sauriez en prendre trop contre un vice si dangereux. Pour vous en préserver, les maîtres de la vie spirituelle vous présentent cinq moyens principaux : vous ne devez en négliger aucun. Ce sont la fuite de$ occasions, lu vigilance, le travail, la mortification, la prière.
En premier lieu, fuyez constamment toutes les occasions qui peuvent présenter des idées immondes; et tel est le monde dans lequel nous vivons, que presque tout ce qui s'y voit et s'y entend est contagieux pour la pureté. Eloignezvous des conversations, non seulement déshonnétes, mais trop libres; des sociétés, non seulement dissolues, mais trop légères. Les compagnies même les plus vertueuses peuvent avoir leur danger, et il ne faut s'y livrer qu'avec une prudente circonspection. Pour combien d'âmes innocentes la seule fréquentation de personnes d'un sexe différent a été un sujet de péché ! En
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tain se rassure-t-on sur leur vertu, sur la sienne propre. Cette confiance si spécieuse est un piège du démon, et a souvent été le principe des chutes les plus honteuses (1).
En second lieu, veillez soigneusement sur vous-même. Veillez sur votre âme, pour qu'elle ne conçoive, ni pensées, ni désirs, ni affections déréglées. Veillez surtout sur vos sens. C'est du cœur, comme l'a dit Jésus-Christ, que sortent les mauvaises pensées qui souillent l'homme (2); mais c'est par les sens qu'elles entrent dans le cœur. Les sens sont les portes de l'âme, qu'il faut tenir fermées avec un soin extrême, à tout ce qui est impur, pour l'empêcher d'y pénétrer. C'est spécialement aux yeux que les objets tentateurs se présentent, pour s'introduire dans l'intérieur. C'est à cette porte qu'ils frappent le plus fréquemment et le plus fortement, pour obtenir le passage. Aussi ce que l'Esprit saint recommande le plus expressément, c'est de ne pas considérer avec attention, avec complaisance, les objets propres à séduire (3). Et
(1) In medk> mnlierum noli commorari. De yestimentis enim procedit tinea : et à muliere inicraitas riri. Eccli* xlii. ia, iS.
(2) De corde enim exennt cogîtationes mal...... Haec sont
<juae coinquinant hominem. Matth. 19, ao.
(S) Nè respicias muKerem multivolam ; nè fortè incidas in laqneos illius. Eccli. ix. 3.
Virginem nè conspicias : nè fortè scandalizeris m décore îllins. Ibid. 5.
Avertefaciem tnam à mtdiere compta : et nè cireumspicia»
5go sitk l'impureté.
Jésus-Christ déclare positivement, que celui qui jette sur une femme des regards de concupiscence, est déjà adultère dans le cœur (1). D'après ces oracles , et d'après leur propre expérience, les plus grands saints veilloient sur leurs regards avec une scrupuleuse attention. Des anachorètes blanchis dans les exercices de la pénitence, malgré la caducité de leur vieillesse, malgré la longueur de leurs austérités n'osoient lever les yeux sur une femme» Job, ce modèle de sainteté» de patience, de mortification, avoit Cru ne pouvoir se maintenir dans son innocence, qu'en faisant un pacte avec ses yeux r pour ne concevoir pas même l'idée d'une jeune fdle (2).
En troisième lieu, pour éviter l'impureté, évitez le désœuvrement. Il en est une des principales causes, et le Saint-Esprit nous le déclare (5). Notre esprit a besoin d'exercer son activité. Si vous ne le dirigez pas vers des objets
speciem alicnam. Proptcr speciem mulierig multi perierunt : et ex hoc concupiscentia quasi ignis exardescit. Eccli, ix. 8, 9.
Nè respicias in mulieris speciem : et non concupiscas mn- Hercm in specie. Jbid. xx*. 28.
Nè respicias muliercm alieni viri. Ibid. xli, 27. Et alibi passim.
(1) Ego autem dico vobis, quia omnis qui vident mulierem ad concupiscendam eam, jammoechatus est eam in corde suo. Matth. 28.
(2) Pepigi fœdus cum oculis meis 5 ut nè cogitarem quidem de virginc. Job. xxxi. 1 .
(3) Multam malitiam docuit otioaitas. Eccli. xxxni. 29.
sur l'impureté. 5gi
utiles, il s'en sera bientôt fait à lui-même, non seulement d'inutiles, mais de dangereux et de malhonnêtes. Voyez David lui même conduit par l'inaction à l'adultère, et par l'adultère à l'homicide. C'est l'oisiveté qui entraine aux assemblées dissipées et dissolues; aux conversations libres et corrompues; aux lectures séduisantes et perverses. Un travail honnête, en fixant vos idées, contiendra les égaremens de votre Imagination; en vous concentrant dans vousmême, vous écartera des exemples qui vous entraîneraient, des occasions qui vous perdroient.
En quatrième lieu , mortifiez vos sens. C'est le précepte du grand apôtre, c'est le remède qu'il donne contre les passions impures (1) : c'est celui qu'il employoit lui-même, pour les dompter (2). Elles s'engendrent aisément dans la mollesse. D'une vie de plaisir à une vie de crime, il n'y a qu'un pas, et il est bien glissant. Une vie sensuelle est toujours intempérante, et l'intempérance est l'aliment de l'inconti-
(1) Mortifîcatc crg& membra vestra quae sunt super terrant fornicationem, immunditiam , libidinem, concupisccntiam roalam. Coloss. in. 5.
(a) Castigo coqras meum , et in servi tutem redigo : nè fortè cùm aliis prxdicaverim , ipse reprobus efficiar. i. Cor. ix. jy.
Datus est mihi stimulus carnis me* qui me colapbizet
Propter quod placeo mibi inûrmitatibus meis , in contumeliis, in necessitatibus , in persecutionibns, in angustiis pro Cfaristo. Cum enim infirmor tune polens su m. 11. Corinth. xh. 7, io.
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nence(i). Le prophète nous apprend que les trois causes des crimes de Sodome furent l'orgueil, l'oisiveté et l'intempérance (2). En tout genre, un grand moyen de se fortifier, est de diminuer les forces de son ennemi. Affoiblissez votre chair par la mortification. Votre âme deviendra bien plus capable de résister à ses attaques. Tel a été dans tous les temps le secret des saints, pour soumettre à leur raison les sens révoltés. Tel a été le motif de ces austérités, qui sont l'objet de notre étonnement et de notre admiration : plût à Dieu qu'elles le fussent de notre imitation ?
En cinquième lieu enfin , il est un dernier préservatif contre ce vice, qui donnera de la force à tous les autres , et qui vous rendra capable de les employer avec succès. C'est de demander le don de pureté à Fauteur de tout don parfait ; à ce père des lumières , de qui descendent sur nous les biens les plus excellens (3). Salomon , encore dan» les jours de première innocence, connut toute l'efficacité de ce moyen ; et c'étoit un effet de sa sagesse
(1) Noli mebriari in vino, in qao est luxurîa. Ephes. y. 18.
(a) Eccè haec fuit iniquitas Sodomx sororis tuae, snperbia , saturita8 panis , et abnndantia , et otinm ipsius , et fUiarum ejus. Ezech. xti. 49«
(3) Omne datum optimum, et omne donom perfectum, desuxsùm e*t, descendens à Pâtre luminum» Jac. 1. 17.
StJR L'iMPURETÉ.
prématurée de savoir de qui il pouvoit obtenir la conservation de sa vertu (1). Heureux s'il eût toujours persévéré dans le saint exercice de la prière ! Il seroit resté constamment un modèle , au lieu de devenir un scandale. Instruit, et par sa leçon, et par l'exemple de sa chute , implorez avec ardeur, avec instance, avec constance , la grâce de ne pas laisser souiller la pureté de votre corps et de votre âme, par cette sale passion. Vous connoissez les promesses du divin Sauveur, d'exaucer les prières faites en son nom (2). S'il ne vous accorde pas la grâce d'être délivré des tentations immondes, au moins il vous armera, comme saint Paul, de la force d'en triompher (5).