XXV. a. Surnaturelle
La contrition doit être surnaturelle; et elle doit l'être de trois manières. D'abord , dans son principe , elle est un don de Dieu, une grâce infuse dans nos cœurs; ensuite dans sa fin , venant de Dieu , elle doit se rapporter à lui; détester le péché, le regretter comme une offense faite à sa majesté suprême : enfin dans ses motifs , il faut qu'elle soit conçue par ceux que la foi nçus présente , et non par les maux temporels qu'attire le péché. C'est surtout à cette dernière marque, c'est aux motifs qui nous animent, que nous pouvons reconnoîlre si notre contrition est véritablement surnaturelle. Saint Paul nous fait clairement sentir la nécessité d'une contrition surnaturelle, et sa différence avec une douleur naturelle, quand il distingue deux sortes de tristesse : l'une selon Dieu , qui opère la vraie pénitence , et procure le salut; l'autre selon le monde , laquelle donne la mort; et lorsqu'il déclare à ses chers disciples de Corinthe , que , s'il les a affligés selon Dieu , c'étoit pour opérer en eux tous les effets d'une
(i) Miseri estote , et lngete, et plorate : risns vester in hio tum convertatur, etgaudium in mœrorem. Jac. iv. 9.
58 StJfc LÀ PÉNITENCE.
sincère pénitence (1). Ce n'est pas s'affliger selon Dieu des offenses commises envers lui , que d'être fâché des maux qu'elles ont attirés. Combien de fois un joueur réduit à la misère détesta-t-il sa fatale passion ? Combien de libertins et d'intempérans ont gémi des infirmités que leurs vices avoient engendrées. Ce n'étoient pas leurs péchés qu'ils regrettoient ; c'éloient les efFets de leurs péchés qui les peinoient. Ils n'étoient pas touchés de la douleur d'avoir offensé Dieu, ils s'affligcoient de la perle de leur fortune , ou de leur santé. Dieu doit-il le pardon , peut-on imaginer qu'il l'accorde à des regrets dont il n'est pas l'objet, et qui lui sont absolument étrangers ?
Nous devons cependant reconnoître que , si la considération des maux temporels n'est pas suffisante , il est en notre pouvoir de nous la rendre utile. La douleur qu'elle inspire n'est pas la contrition , mais peut la faire naître. Elle est une route qui y conduit ; mais il ne faut pas s'y arrêter. Les adversités de ce monde sont des grâces de Dieu, des moyens par lesquels il nous rappelle à lui. Il nous sépare de ces biens
(i) Quae sectmdùm Deum tristitia est pœnitentiam in stabilcm salutem operatur : seculi autem tristitia mortcm opérateur. Eccc enim secundùm Deum hoc ipsum contristavi vos , quantam in vobis operatur sollicitudinem , sed defensionem , sed indignationem , sed timorem , sed dcsiderium, sed semulationera, sed vindictam. h. Cor. yii. io, ii.
SttR LA PÉNITENCE. 39
frivoles où nous avions cherché un criminel bonheur, pour nous en faire sentir la vanité; pour nous faire connoître, désirer, goûter le bien suprême. Nos revers sont , dans ses vues bienfaisantes , les préparatifs de notre conversion. Ce sont des remèdes amers , mais salutaires qu'il nous présente. Au lieu de les rejeter avec dégoût , si nous les prenons avec reconnoissance , ils nous rendront la santé. Il nous le déclare lui-même : Ceux qu'il aime , il les châtie, afin qu'ils fassent pénitence (i). Ses punitions temporelles sont des bienfaits de sa miséricorde (2). Vous m'avez châtié , dit Jéré- mie , et j'ai été instruit comme un jeune cheval indompté; car dès que j'ai ressenti vos châtimens, je me suis converti (3). Et le même prophète déplore , comme le comble des maux de son peuple, que les fléaux dont le Seigneur l'a frappé, n'aient point opéré sa conversion (4). Les livres saints nous présentent des exemples de deux genres, et de sincères contritions, et
(1) Ego quos amo arguo et castigo. iEmulare ergô et pœnitentiam âge. Apoc. m. 19.
(2) Secundùm miscricordiam suam, sic correptio illius. Eccli. xvi. i3.
(3) Castigâsti nie, et factus sum quasi juvenculus indomi-
tus Postquàm enim castigûsti me, egi pœnitentiam.
Jerem* xxxi. 19.
(4) Percnssisti eos, et non doluerunt : attrivisti eos, et noluerunt aceipere disciplinant. Induravcnint faciem suani super petram, etnoluerunt reverti. Jerem. v. 3.
de regrets inefficaces causés par des maux temporels. Les Ninivites ont entendu la menace que Dieu leur a intimée par son prophète, de les détruire dans quarante jours. Ils se couvrent de sac et de cilice , élèvent vers le Seigneur leurs voix pénitentes , et déplorent leurs iniquités. Témoin de la sincérité de leur repentir, Dieu étend sur eux sa miséricorde» et rétracte la sentence qu'il a voit prononcée (i). Manassès a été un modèle d'impiété , un monstre de cruauté. Chassé de son trône , en punition de ses crimes , et renfermé dans une étroite prison , il s'humilie sous la main qui le cfrâtie, l'adore du fond du cœur , fait de tous ses forfaits une vive pénitence, et, par sa douleur sincère, obtient, non seulement son pardon, mais son rétablissement dans son autorité (2). Au contraire, Esaiï regrettant la bénédiction qui le prive de l'héritage paternel , et non les fautes qui lui ont mérité de la perdre, ne fait point, malgré ses larmes, une véritable pénitence (3). Et Antiochus, périssant misérable-
(1) Et vidit Deus opéra eorum quia conversi stmt de Tiâ «□à malà : et misertus est Deus super malitiam quam locu~ tus fueret ut faccret eis , et non fecit. Jonas. m. 10.
(a) Qui postquàm angustiatus est oravit Dominum Deum suum , et egit poenitentiam valdè coram Deo patrum suorum, deprecatusque est eum, et obsecravit intenté, et exaudivit orationem èjus, reduxitque eum in Jérusalem. 11. Paralip. xxxiii. 12, i3.
(3) Scitoie quoniam et posteà , cupiens haereditare bene-
nient , implore en vain une miséricorde qu'il n'obtiendra point; parce que c'est la porte de sa vie , et non ses offenses envers Dieu , qu'il déplore (1).