XXXVIII. Manière de s'examiner
Pour faire avec exactitude et avec fruit cet examen si important, une première condition souverainement utile , et comme indispensable, est d'en demander la grâce, Nous ne nous connoitrons jamais pleinement , si celui qui seul nous connoît parfaitement, ne nous communique pas cette salutaire connoissance. Avant de rentrer en nous-mêmes , commençons par entrer dans la présence de Dieu. Conjurons-le de faire pénétrer dans cette caverne ténébreuse que nous allons parcourir, uu rayon de sa lumière céleste (1). Disons-lui avec l'aveugle de l'évangile, mais avec la même foi et la même ardeur : Seigneur , faites que je voie (2). Et comme le saint homme Job : De combien de délits, de péchés , d'iniif»ités, de crimes , suisje chargé? 0 mon Dieu, daignez me les montrer (3). Passons ensuite avec confiance , mais avec humilité, à la recherche exacte de toutes nos offenses. Avant d'aller nous présenter comme coupables au tribunal de Dieu , exer-
(1) Deus meus, illumina tenebras meas. Psabu. xvii. 29.
(2) Rabboni, utvideam. Marc. x. 52.
(3) Quantas babeo iniquitates et peccata! sceîcra mea et delieta ostende mibi. Job. xm. 23.
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cons envers nous-mêmes la fonction de juges.
Ce témoin de nos iniquités, qui nous les reprocha si souvent , celte conscience , que si long temps nous dédaignâmes d'écouter, interrogeons-la maintenant, et soulevons-la contre cet amas de péchés dont nous l'avons jusqu'ici oppressée.
Mais quel doit être cet examen exact, impartial , sévère , de toutes nos offenses , pour qu'il nous mette en état d'aller les révéler au ministre chargé de les juger? Une règle générale donnée par les docteurs , et dont la sagesse se fait sentir d'elle-même , est d'y apporter l'attention , le soin , la sollicitude , que nous donnons à nos plus importantes affaires. Il ne satisfait pas au précepte de l'examen , il ne peut pas connoître exactement l'état de sa conscience , le pécheur qui se borne h un coup d'oeil superficiel sur sa vie passée. Abus commun ! abus funeste ! qui rend une multitude de confessions nulles, ou même sacrilèges , selon le degré de la négligence qu'on a apporté à s'examiner. Mais la mesure du temps dû à celte importante recherche n'est pas , et , comme on peut aisément le srntir, ne peut pas être positivement déterminée. Elle dépend principalement de deux circonstances; du genre de vie, et delà fréquence ou de la rareté des confessions.
L'homme que son état soumet à plus de devoirs , et expose par là à plus de tentations, et
celui qui met entre ses confessions do longs intervalles, doivent employer plus de temps à la discussion de leur conscience , que ceux qu'une vie retirée .éloigne des occasions du péché, ou que la piété ramène souvent dans ta saint tribunal.
Il se rencontre quelquefois des pénitens saintement , mais trop scrupuleusement timorés , qui apportent à la recherche de leurs fautes une anxiété inquiète, et qui, après y avoir mis une longueur excessive , croient encore ne * s'être pas suffisamment examinés. Ame religieuse , que tourmente une vaine frayeur, considérez que lo tribunal auquel vous allez vous présenter, est celui de la miséricorde; que l'infinie bonté qui vous y attend ne vous demande que ce que vous pouvez raisonnablement; et qu'elle proportionne ses préceptes i\ vos forces. Prenez d'elle des pensées conformes à son indulgence : prenez-en elle une confiance qui réponde à sa clémence. Soyez assurée de la trouver, quand vous la chercherez dans la simplicité de votre cœur (1). Comptez fermement qu'elle suppléera vos omissions involontaires, et que les péchés qu3 vous aurez pu oublier, si ce n'est pas par précipitation ou par négligence, elle ne vous les imputera jamais.
(1) Scnhledc Domino in bonitatc : et in simplicitatc 001- «îis tjuaeritc illuni. Sap. 1. 1.
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