VI. Nécessité de la pénitence
Jésus-Christ ayant établi un sacrement pour la rémission des péchés commis après Je baptême, c'est une conséquence immédiate et certaine, que ce sacrement en est non seulement le moyen efficace , mais le moyen nécessaire. De l'état de péché à l'état de grâce il n'y a qu'une route : c'est le tribunal de la pénitence. En vain serez- vous doué de toutes les vertus; en vain aurez-vous pratiqué toutes les saintes œuvres de la mortification , de la charité, de la piété; si vous restez entaché d'un seul péché grave , dont vous n'ayez pas été lavé dans cette piscine sacrée, vous le porterez au pied du juge des vivans et des morts. Toute foute ruor-
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telle doit , d'après le décret da législateur suprême , être soumise à un jugement , dans ce monde ou dans l'autre; jugement secret dans le tribunal de la miséricorde , ou jugement solennel dans le grand jour des justices; jugement qui l'efface dans le sacrement , ou jugement qui la punisse dans l'enfer. Rien de souillé ne peut être reçu dans la Jérusalem céleste (i). Ce n'est qu'à l'innocence que s'ouvrent les portes de cette enceinte sacrée; à l'innocence reçue dans le baptême, ou puisée dans la pénitence; à l'innocence conservée par la pureté de la vie, ou réparée par une expiation sacramentelle.
Qui de nous , hélas ! peut se flatter d'être dans cette classe de justes qui ont eu le bonheur de maintenir dans sa pureté cette fleur précieuse que nous portons dans des vases si fragiles? Ce n'est certainement pas celui qui en a l'arrogante prétention (2). Les plus grands saints sont ceux qui se reconnoissent le plus sincèrement , le plus douloureusement pécheurs, Dans le paradis terrestre Adam tomba, malgré toutes les lumières qui l'éclairoient , malgré toutes les
(1) Non in habit in cam aliquid coinquinatum. Apor. xxi. 27.
(2) Dixisti : Àbsque peccato, et innocens ego sum; et propterea avertatur furor tuus à me. Ecoè ego judicio cont en dam tecum eo quod dixeris, non peccavi. Jerem. n. 35.
Si dixerimus quoniam peccatum non habemus, ipsî dos seducimus, et Tentas in nobis non est. i. Joan. i. S.
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grâces qui le soutcnoient. Principe de toutes les nôtres , sa chute nous y entraîne tous les jours. L'intelligence est aveugle , le cœur volage » la volonté foible , l'imagination emportée» les passions violentes , les sens rebelles , le inonde séducteur, le démon adroit et fort. Tout nous porte au péché , tout nous pousse dans le précipice. Grand Dieu, disoit le saint roi Da- . vid, si vous portez vos regards sur nos iniquités, qui pourra les soutenir? N'entrez-pas en jugement avec votre serviteur : car il n'est pas de mortel qui soit j ustifié devant vous ( i ) . Avouonsle avec confusion, avec une amère douleur, nous sommes pécheurs; nous le sommes tous (2)* Mais que ce sentiment pénible de nos pécbés nous excite à nous en délivrer. Laissons les libertins, soit d'esprit, soit de cœur, pour se livrer sans frein à leurs passions , prétendre que la pénitence à laquelle nous les exhortons est inutile, impossible, onéreuse. Reconnoissons au contraire qu'elle nous est nécessaire, et que par devoir nous ne pouvons pas nous en exempter; possible, et que par justice pou» ne pou-
(1) Si iniquitates obftervaveris, Domine, Domine, quis sustinebit. Psalm. cxxix. 3.
Non in très in judiciuin cum servo tuo , quia non justificabitiir in conspectu tuo omnis vivent. Psalm* cxt.
(a) Si peccaverit tibi , non est enim homo qui non peccet. ni. Aeg. vin. 46.
Non est homo jus tu* in terrà, qui Cariât bonum, et non peccet. Encli. v\u 21.
l4 SUR LA. PÉNITENCE.
vons pas nous en excuser; utile, et que par intérêt nous ne pouvons pas nous en dispenser. Approchons-nous donc avec confiance, Dieu nous y invite , de ce trône de grâce que sa miséricorde a élevé parmi nous , où elle nous attend, pour nous accorder notre pardon, et nous douner les secours puissans qui nous garantissent de nouvelles fautes (1)»