‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 53 sur 157 · I. Motif du délai de pénitence · texte numérisé non relu

I. Motif du délai de pénitence

Le salut est la chose la plus nécessaire h rhomuie; la pénitence est la chose la plus nécessaire au salut du pécheur. Ces deux vérités sont d'une telle évidence , que le pécheur ( il ne s'agit pas ici de celui qui s'est jeté dans l'abîme sans fond de l'incrédulité ) que le pécheur, qui tient encore à la religion par sa foi, n'entreprend pas de les contester. Pourquoi donc n'agit-il pas en conséquence? Pourquoi les invitations de l'Eglise, pourquoi les menaces du Tout - Puissant produisent-elles si peu d'effet dans le monde? Pourquoi avec de si pressans motifs de se convertir, voit- on si peu de conversions? Sujet effrayant de notre profonde douleur 1 Combien est multiplié le nombre des pécheurs ! combien est petit le nombre des pénitens! Le pécheur reconnolt la nécessité de se convertir , et il ne se con vertit pas. Sa raison est convaincue, et sa volonté résiste. Retenu dans les liens du pé-

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ché par la passion ou par l'habitude , excité à s'en retirer par le remords et par la grâce; pressé par la crainte de l'avenir , arrêté par l'amour du présent; trouvant trop de risque à aller en avant , trop de peine à retourner en arrière ; désirant tout à la fois et de n'avoir jamais commencé, et de ne jamais finir; combattu par tous ces sentimens contraires , il s'efforce de les concilier. Il voudroit calmer sa conscience, sans cesser de satisfaire son penchant. Pour les accorder , il imagine de différer ce qu'il craint d'exécuter. Il endort sa conscience par l'espoir du repentir dans un temps plus favorable ; et il contente son penchant , en continuant de le suivre. Ainsi , par un odieux partage, il donne à Dieu ses désirs , au démon ses actions. C'est ce déplorable aveuglement que je vais combattre. J'entreprends de prouver au pécheur que, s'il veut réellement sa conversion, il ne doit pas la différer plus long-temps. Je viens lui répéter ce qu'autrefois les prophètes crioient de la part de Dieu à son peuple : Coupable Jérusalem , si tu veux être sauvée ,. hâtetoi de laver ton cœur de toutes ses souillures. Jusqu'à quand le livreras-tu à tes pensées criminelles (1)? Nation qui as perdu ton amabilité, rassemble-toi autour de ton Dieu , avant que sa

(i) Lava à malitiâ cor tuum, Jérusalem, ut salva fias. Usquequô niorabuotur in te cogitationes iniquae? Jerem. 1Y. i4«

DE LA. PÉNITENCE. l3l

colère vienne fondre sur toi , avant que le jour de son indignation te surprenne (1). Je veux déclarer à ces prétendus sages , ce qu'a on onçoit saint Paul à l'aréopage : C'est maintenant que le Seigneur signifie aux hommes qu'ils aient tous à faire pénitence, parce qu'il a établi un jour où il jugera l'univers dans son équité (2).

IL Prétextes du délai.

Gonnoître la nécessité de se convertir actuellement, et cependant refuser de se convertir actuellement , n'est-ce pas une inconséquence évidente P Multiplier ses transgressions au bruit du tonnerre, qui gronde pour annoncer le châtiment des trangresseurs , n'est-ce pas une imprudence extravagante ? Quel est donc le futile , l'insensé prétexte , qui perpétue dans tant de pécheurs ce délai, qui peut leur devenir si funeste? Ils se font une double illusion. Ils se persuadent que, dans un autre temps, la pénitence leur sera également possible, et au moins aussi facile. Ah ! si la raison peut encore

(1) Convenitc, congregamini , gens non amabilis anto-

quàm veaiat super vos ira furoris Domini , antequàm veniat super vosdies indignationis Domini. S ophon u. t, a.

(2) Deus nunc annuntiat hominibus ut omnes ubiquè pœnitentiam agant : eo quôd statuit diem in quo judicaturus est orbem in squitate. AcU xyii. 3o, 3i.

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conserver quelque influence sur les âmes que la passion agite ; si l'intérêt le plus grand qu'ils puissent avoir est capable de toucher des cœurs qu'absorde entièrement un intérêt frivole; si quelque rayon de la vérité peut pénétrer jusqu'à des yeux que l'erreur la plus dangereuse a enveloppés de ses ténèbres, que ces pécheurs, aveuglés par leur passion (i), réfléchissent un moment avec nous sur la vanité de leurs espérances , ils verront les deux sophismes sur lesquels ils se fondent, confondus par deux vérités, dont il leur sera impossible de contester l'évidence. Ils croient leur conversion également possible dans tous les temps : ils verront que le délai qu'ils y apportent la rend au contraire beaucoup plus incertaine. Ils pensent que, dans tous les temps, elle leur sera autant, et plus facile : ils se convaincront que, loin de là , à mesure qu'ils la diffèrent , ils la rendent de plus en plus difficile.

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