IV. Illusion de différer la conversion jusqu'à la mort
Adressons-nous d'abord à ceux qui reculent leur conversion jusqu'à la mort. Ils disent que le moment d'abandonner le monde les désabusera de ses vanités. Ils comptent que l'approche de l'éternité leur fera sentir plus vivement l'importance du salut. Ils espèrent que la vue prochaine d'un Dieu prêt à être leur juge, fera sur eux de profondes impressions , excitera leur componction , animera leur ferveur, et leur inspirera tous les sentimens d'une sincère pénitence. Chimérique présomption , d'imaginer qu'on arrivera à une mort sainte par uue vie criminelle ! Peut-on croire que des personnes , qui raisonnent ainsi , soient de bonne foi avec elles-mêmes ?
Ce n'est pas que nous regardions comme impossible la conversion à la mort. A Dieu ne plaise que 9 en annonçant les vérités saintes , nous nous permettions de les exagérer. A Dieu ne plaise que nous voulions mettre des bornes à*la miséricorde divine. A Dieu ne plaise que , par des principes outrés , nous portions le désespoir dans l'âme déjà si agitée des inourans. Nous ne devons jamais , ni douter de la puissance» ni désespérer de la bonté divine. Mais si cette pénitence est absolument et rigoureusement possible, est -elle vraisemblable? Le
pécheur peut-il , avec quelque fondement , se flatter , que les derniers momens de sa vie suffiront pour effacer les torts de tous les autres ? Entre tous les exemples de pénitence que nous présentent les livres saints , nous n'en voyons qu'une, faite à l'heure de la mort. Mais ce fut un miracle de la grâce, opéré par Jésus-Christ du haut de sa croix. Dieu a voulu qu'il y en eût un exemple , pour prévenir le désespoir; il a voulu qu'il n'y eût qu'un , pour réprimer la présomption. Il faudra donc, pour que vous soyez sauvé, que Dieu renouvelle , en votre faveur , ce qu'il n'a fait qu'une fois , et pour un compagnon de ses souffrances. Quelle aveugle témérité, ou plutôt (car il faut donner aux choses leur véritable nom) quelle inconcevable démence 1 Vous prétendez donc, comme dit Isaïe, avoir signé un traité avec la mort, avoir fait un pacte avec l'enfer (1).