‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 56 sur 157 · V. Invraisemblance de la conversion à la mort · texte numérisé non relu

V. Invraisemblance de la conversion à la mort

Considérez que de circonstances vous avez à réunir, pour accomplir votre projet de con* version à la mort ; et en même temps que de circonstances naturelles , fréquentes , journalières, peuvent survenir, pour en empêcher l'exécution.

(i) Dixit enim : Percussimus fœdns cum morte , et cum inferno fecimus pactum. It, xxviii. i5.

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En premier lieu , êtes-vous assuré que votre mort vous sera annoncée par une maladie qui la précédera , et que vous ne serez pas enlevé subitement , comme tant d'autres l'ont été sous vos yeux?

En second lieu , avez- vous parole que cette maladie sera assez longue, pour faire la péni~ tence convenable d'une vie entière passée dans le désordre?

En troisième lieu , Dieu vous a-t-il promis que , dans cette maladie lente , vous conserverez l'entier usage de vos facultés , le libre exercice de votre esprit ? Ou , vous figurez-vous qu'un état qui ne vous laissera ni pensée, ni sentiment, sera bien propre à faire une pénitence proportionnée à vos fautes?

En quatrième lieu , sûr d'être conduit à la mort par une maladie aussi douce, l'êtes-vous également de connoître alors votre état; de ne pas vous faire illusion sur votre danger; de ne pas éprouver cette cruelle pitié si commune dans le monde , que peut-être vous avez eue pour beaucoup d'autres , qui berce un mourant d'espérances mensongères , et qui , pour lui épargner quelques craintes , le jette dans l'abîme du malheur?

En cinquième lieu , vous figurez-vous que l'ennemi du salut, qui aura su vous tenir, toute votre vie , dans l'impénitence , abandonnera sa proie au moment de la saisir; et qu'il cessera

de vous atlaquer , quand vous serez devenu trop foible pour lui résister ?

Considérez donc , pécheur aveugle ! combien de suppositions gratuites , incertaines , invraisemblables , contraires à l'ordre ordinaire , vous êtes forcé d'accumuler, pour fonder votre fol espoir de vous convertir à la mort. Et il suffît qu'une seule de ces choses , sur lesquelles vous comptez si imprudemment, vous manque , pour vous précipiter dans l'éternelle damnation. Vous exigez que les maladies ralentissent leurs cours, atténuent leurs effets; que les accidens ne surviennent pas; que la mort prenne la forme qu'elle a le plus rarement ; que Dieu interrompe l'ordre le plus ordinaire de la nature : et cela , pour empêcher de périr, qui ? est-ce un ange sur la terre ? non , c'est un pécheur; est-ce au moins un pécheur pénitent? non encore, c'est un pécheur qui projette de persévérer dans son péché. Vous voulez que Dieu fasse tout cela , pour vous donner le temps de l'offenser davantage.

YI. Exemples des saints.

Ah ! si pour opérer le salut , *\l suffîsoit de donner au Seigneur le petit nombre d'heures qui doit précéder la dernière , ils étoient donc bien insensés tous ces saints personnages , que

l'Eglise présente à votre imitation. Quelle différence entre leurs maximes , et les vôtres ? Ils croyoient que la vie ne leur avoit été donnée , que pour l'employer tout entière à leur sanctification : et vous projetez de donner toute la vôtre à l'iniquité. C'étoit par une suite de bonnes œuvres , qu'ils sepréparoient à la mort; et vous vous y disposez par une continuité de péchés. Ils ne pensoienl qu'en tremblant à cette heure fatale , craignant qu'elle ne leur enlevât le fruit de leurs pénibles travaux : et vous vous en approchez avec une présomptueuse sécurité, persuadés qu'elle suffira pour expier le cours de vos longs désordres. Jugez-vous que des principes aussi diiférens doivent donner les mêmes résultats ; que des routes aussi diverses doivent conduire au même terme? Espérezvous obtenir une mort aussi sainte, par une vie aussi opposée.

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