XXI. La miséricorde de Dieu a un terme
Nous reconnaissons, nous adorons, nous ché- rissons , comme une des perfections divines , la miséricorde que nous implorons. Mais elle cesseroit d'être une perfection, si elle étoit un motif de persévérer dans le désordre. Elle est infinie sans doute, comme tous les autres attributs de l'Etre suprême : mais le pécheur s'abuse, par la fausse idée qu'il se fait de son infinité. Elle est infinie dans ses dons puisqu'elle nous applique les mérites de Jésus-Christ. Elle est infinie dans ses efFets, puisqu'elle remet l'offense immense du péché. Elle est infinie dans son étendue : elle ne l'est pas dans sa durée. Elle ne connoît pas de bornes, mais elle a un terme. Elle ne s'épuise pas , mais elle se lasse.
Vous n'approuvez pas sans doute le système impie du déiste , qui , pour autoriser ses désordres, se fait un Dieu sans justice, prétend qu'il est trop bon pour punir, et qu'il n'a pas donné l'être à des créatures , pour les rendre malheureuses. Votre erreur est précisément du même genre. Votre principe , pour différer la pénitence, est le même qu'il emploie pour ne pas la faire. La seule différence entre vous et
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lui est , que de votre principe commua il tire la conséquence entière , dont vous n'osez avouer qu'une partie. La miséricorde cesseroit d'être infinie , dans le sens que vous entendez l'un et l'autre , s'il pouvoit arriver un temps où son indulgence expirât, et fît place à la justice. Dans toutes les hypothèses vous êtes en opposition avec vos principes. Si la miséricorde divine a un terme , vous avez tort d'en courir les risques : si elle n'en a point, l'incrédule a rai- . son de ne rien redouter.
Vous vous enveloppez dans l'espérance qui vous est commandée. Mais vous ignorez , ou vous feignez d'ignorer ce que c'est que l'espérance chrétienne. Elle est une vertu : elle n'autorise donc pas le vice. Elle est prescrite pour vous porter au bien , et non pour être un encouragement au mal. Elle présente la palme h celui qui aura persévéré dans le sentier de Dieu, mais non pas à celai qui se sera obstiné à rester dans les voies de l'iniquité.
Dieu est patient , dites-vous. Oui sans doute il l'est (1). Vous le savez trop bien, par l'abus que vous en avez fait (2). Vous l'avez éprouvé long- temps : vous l'éprouvez encore. Si cette
(1) Patienter agit propter vos, nolens aliquos perire, sed omnes ad pœnitentiam converti, n. Petr. m. 9.
(2) Dédit illi Deus locnm pœnitenliae : et ille abutitur eo in superbiam. Job* xxiv. a3.
patience, que vous n'aviez point droit d'espérer, ne vous eût pas attendu depuis tant d'années, malheureux! y songez-vous sans frémir?
où seriez-vous en ce moment ? En ce moment , où vous vous efforcez encore de prolonger vos coupables délais, où peut-être vous cherchez des raisons pour les justifier; vous les déploreriez en larmes de sang : et votre sort seroit d'expier votre téméraire confiance dans un désespoir et dans des supplices éternels.