‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 71 sur 157 · XXII. Ingratitude du péeheur qui fonde ses délais sur la · texte numérisé non relu

XXII. Ingratitude du péeheur qui fonde ses délais sur la

miséricorde.

Il a été prévu par l'Esprit saint, ce malheureux sophisme , que vous suggère votre passion pour se perpétuer. Pécheurs , écoutez l'oracle sacré, et confondez-vous. Ne dites pas : J'ai péché; et que m'en est-il arrivé de fâcheux? Le Très-Haut est un juge patient. Et ne dites pas : Lamiscricorde du Seigneur est grande : elle prendra en pitié la multitude de mes iniquités. Car la miséricorde et la colère se rapprochent promptement en lui ; et sa colère veille sur les pécheurs. Ne iar~ dez donc pas à vous convertir au Seigneur , et ne remettez pas de jour en jour; car la fureur viendra subitement, et vous perdra au jour de la vengeance (1). Est-il possible de condamner plus

(i) Xè dixeris : Pcccavi, et quid mibi accidit triste? Altissimus cuim est patiens redditor Et nè dixeris : Miscratio

l62 SUR LE DÉLAI

positivement, et vos délais, et le prétexte dont vous les autorisez ? Vous remettez de jour en jour votre conversion : et Dieu vous défend absolument de la différer. Vous vous fondez sur l'espoir que la miséricorde ne vous abandonnera pas ; et Dieu vous déclare nettement que sa miséricorde est prête à vous abandonner, et h vous livrer à toute sa colère.

Seroit-il nécessaire de remettre sous vos yeux tous les oracles divins qui confirment cette grande et terrible vérité , qu'il vient enfin un temps où Dieu met un terme h sa clémence.

Ouvrez les livres saints , vous les trouverez pleins de menaces qu'il ne cesse de faire, soit par ses prophètes , soït par lui-même , aux pécheurs qui poussent à bout sa patience (1).

Domini magna est; multitudinis pcccatorum meorammiscrebitur. Misericordia cnim et ira ab illo citô proximant : et in peccatores respicit ira illius. Non tardes converti ad Dominum , et nè difleras de die in dicm. Subito enira veniet ira illius : et in tempore vindictaî perdet te. Eccli. v. 4> 6>

(1) Deus judex justus, fortis etpatieus. Numquid irascitur per singulos dics? Nisi conversi fueritis gladium suum vibrabit : arcum suum tetendit , et paravit illum ; et in eo paravit vasa mortis : sagittas suas ardentibus effecit. P saint, vu. 12, i3 , i4-

Convertimini ad correptionem mcam : en proferam vobis spiritum meum , et os tend am vobis verba mea. Quia vocavi , et renuistis : extendi manunt mcam , et non fuit qui aspiccret. Despexistis omne consilium meum et increpariones mcas

DE LA PÉNITENCE. l65

Toutes les fois que vous apportez un nouveau retardement à votre pénitence, vous vous placez vous-même sous ces terribles anathèmes.

L'usage que vous faites de la bonté divine , en la faisant servir de prétexte à votre impénitence, devient un nouveau péché, qui, plus encore que tous les autres , mérite qu'elle vous abandonne. C'est , et le grand Apôtre vous le déclare , un mépris de celte bienfaisante longanimité, lequel amasse contre vous un trésor de colère (1 ).

neglcxistis. Ego quoque in interitu vestro ridebo , et subsannabo vos. Prou, i. 23 , 24, 2 ^ >

Non cflugiet in rapina peccator : et non retardabit sufTerentiamisericordiam facientis. Eccli. xvi. i4«

Tacui semper , silui , patiens fui , sicut paturiens loquar : dissipabo, et absorbebo simul. Is. xlii. i4-

Immunditia tua cxccrabilisj quia mundare te volui, et non es mundata à sordibus tuis : sed ncc mundaberis priùs , doncc quiesccre faciani indigna tionem meam in te. Ezech. xxiv. i3.

Jam securis ad radiccm arboris posita est. Omnis ergo arbor quaï non facit fructum bonum , cxcidctur , et in ignem mittetur. Matth. m. 10.

Videns civivatem flevit super illam, diccns : Quia si cognovisses et tu , et quidem in bac die tuâ quœ ad paccm tibi , nunc autem abscondita sunt ab oculis tuis. Quia vcnicnt dies

in te : et circumdabunt te inimici tui vallo eo quod non

cognoveris tcmpus visitationis tua». Luc. xix. 4ij 4 2 > 4«*> 44-

Cùru dixerint, pax, et securitasj tnnc rcpentinus cis vcniet interitus ; sicut dolor in utero habentis , et non cffugient. j. Thess. v. 3. Et alibi passim multoties.

(i) In divitias bonitatis ejus et patientiae , et longanimitatis contemnis? Ignoras quoniam benignitas Dei ad pœnitcntiam

lG4 SUR LE DÉLAI

Dieu vous offre son amitié : il vous presse de l'accepter , et vous ne daignez pas la recevoir encore : et vous exigez qu'il attende le temps où il vous plaira do vous rendre à ses invitations (i). Et quel est encore ce temps que vous osez lui assigner? Celui où vous espérez que vous serez dégoûté du monde; c'est-à-dire , où le monde sera dégoûté de vous : celui où vous imaginez n'avoir plus de passions; c'est-à-dire, n'avoir rien de mieux à faire , que de revenir à lui. Laissez-moi , lui dites-vous , me livrer encore quelque temps à mes dissolutions, à mes injustices, à mes fraudes, à mes vengeances : et quand je serai las de vous outrager, je reviendrai à vous. Et quel est l'objet de ces délais, que votre audacieuse confiance prétend lui imposer? C'est pour continuer de l'offenser pendant plusieurs années. Et quel en est le motif? C'est qu'il est infiniment miséricordieux.

Ah ! cette admirable miséricorde , qui attend si patiemment le pécheur , qui l'invite si affectueusement, qui le sollicite si fréquemment, devroit être a;i contraire, pour nos cœurs, un

te adducit? Sccundîim autem duritiam tuam, et impœnitens cor, thesaurizas tibi iram in die ira, et revelationis justi judicii Dci. Rom. h. 4, 5.

(1) Posuistis vos tempus miseratiouis Douiini : et in arbitrinm vestrura dicm constituistis ci. Judith, y m. i3.

des pluspuissans motifs de pénitence (1). Quoi! ce qui m'engageroit à offenser mon père seroit sa bonté. Je me permettrois de l'insulter, parce que je le connois plein de tendresse pour moi. Quelle est donc la perversité, l'ingratitude d'un cœur qui, de la clémence divine, se fait un titre pour perpétuer ses offenses envers elle. 0 mon Dieu, si vous étiez un maître impitoyable, de qui on n'eût jamais de pardon à espérer, on t rembleroit de vous offenser : et la crainte de vous déplaire tiendroit toutes vos créatures dansune vigilance et une circonspection continuelles. C'est précisément parce que vous êtes infiniment bon, qu'après vous avoir long-temps offensé, on projette de vous offenser encore. On se sert de votre bonté contre vous-même. On ne se contente pas d'en abuser; on l'outrage. On en fait % le fondement do la persévérance dans le péché. On la rend le fauteur, le complice du péché (2). Cette prétendue confiance dans la miséricorde est une véritable insulte à la miséricorde. Aussi criminelle que téméraire , elle la provoque à

(1) Scd quia paticns est Dominus, in hoc ipso pœniteamus : et indulgentiara cjus fusîs lacrymis postulemus. Judith, fin. *4«

Sein dite corda vestra , et non vestimenta vestra : et convertimini ad Dominum Deum vestrum : quia benignus et miscricors est, et moite misericordia? , et praestabilis super malitiâ. JoeL 11. i3.

(a) Serrire me fecisti in peccatis tuis : prabuisti mihi laborem in iniquitatibus tuis. IsaL xlih. ^4*

abandonner pour jamais le pécheur, et h lui retirer ses dons*

Page 1