XX. Et la punition de Dieu
Mais les malheurs de cette vie ne sont que le prélude de ceux réservés aux ambitieux. La terre n'a pas de punition assez grave pour le vice qui la dévaste. C'est au-delà des bornes de cette vie que le Juge suprême attend ces mortels ardens à la poursuite des grandeurs , pour faire tomber sur eux les maux qu'il leur a annoncés (1). Leur sort leur est tracé par celui du premier des ambitieux , de ce Lucifer, qui , pour avoir voulu s'élever au-dessus du rang si brillant où Dieu l'avoit placé , fut précipité du ciel dans le fond de l'abîme (2). C'est
(1) Et tu qusris tibi grandia : noli quaererc ; quia ego adducam malum super omnem carnem, ait Dominus. Jerem. xtv.
(a) Quomodô cecidisti de cœlo, Lucifer , qui manè oriebaris : corruisti in terram qui vulnerabas gentes , qui dicebas in corde tuo : In cœlum conscendam , super astra Dci exaltabo solium meum : sedebo in monte testamenti, in lateribus aquilonis : ascendant super altitudinem mon tin m : similis ero Altissimo. Yerumtamcn ad infernum detraberis, in profundum laci. Is. jlim. îa et seq.
218 sur l'ambition.
là , c'est avec le digne chef de leurs vaines prétentions , qu'ils expieront dans la plus profonde humiliation leur orgueil insensé , dans d'éternels tourmens leurs joies criminelles. v
L'une des passions les plus funestes au genre humain est celle de l'envie. L'Esprit saint nous apprend que ce fut l'envie du démon qui introduisit la mort dans le monde (1). Et depuis ce jour lamentable, qui lit la destinée de tout <œ qui a paru sur la terre, l'ennemi de tout bien n'a cessé de répandre dans tous les cœurs ce poison qui distille du sien , et d'étendre les ravages de l'affreux sentiment qui le déchire luimême. Ce vice est un de ceux qu'il est le plus nécessaire , et peut-être celui qu'il est le plus difficile de déraciner : nécessaire, à raison de son extrême perversité; difficile, parce qu'il jest de tous celui qui se cache le plus , et qu'on a le plus de peine à reconnoltre. Pour nous convaincre de cette vérité , et nous pénétrer de l'horreur de cette passion , considérons-la dans sa nature, et nous verrons combien elle est odieuse ; dans ses causes , et nous découvrirons combien elle est dangereuse ; dans ses effets, et nous sentirons combien elle est funeste; dans
( i ) Invidiâ autem diaboH mors introivit in orbem terrarum. Sap. ii. a4»
2*0 SUR l'eSVIE.
son vice, et nous apercevrons combien elle est criminelle. Après nous être convaincus de la nécessité de s'en préserver et de s'en guérir, nous examinerons quels en sont les moyens.