I. Notion de l'envie
L'envie est une déplaisance, un chagrin que Ton ressent du bien du prochain , une haine que l'on éprouve de son bonheur. Les biens de la terre étant par leur nature bornés, ne peuvent pas être possédés par tous les hommes; et cependant chaeun y aspire, chacun voudroit les posséder de préférence aux autres, et par conséquent les en priver à son profit. Mais l'équitable Providence ne le veut pas ainsi. Elle répartit , selon les vues de sa sagesse , entre ses créatures, les biens divers qu'elle leur accorde; et ce qu'elle donne aux uns, elle le refuse aux autres. Ceux qui n'obtiennent pas d'elle les biens qu'ils désirent, s'affligent de les voir passer à d'autres. Ils regardent le bonheur qui arrive à leur prochain comme un préjudice qui leur est porté. Ils s'affligent , non seulement de ne l'avoir pas acquis , mais encore de le voir possédé par d'autres. Et voilà en quoi consiste le sentiment de l'envie. Ce sont les biens temporels qui en sont la matière et le motif. Il en est tout autrement des biens de l'ordre spirituel. Comme ils peuvent appartenir également
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à tous les hommes , celui qui les désire n'a pas d'intérêt d'en voir son prochain privé. Il n'a aucune raison de les lui envier. Au contraire , cette ardeur pour les biens spirituels, se joignant naturellement à la charité, fait qu'on les souhaite à ses frères comme à soi-même. La charité ne connoft point l'envie (1). Elle la bannit même du cœur dont elle est en possession* Considérant ses semblables comme ne formant avec lui qu'un seul tout , comme étant ainsi que lui les membres du corps de Jésus- Christ , le vrai chrétien est inquiet pour eux comme pour lui-même : il compatit à toutes leurs souffrances : il se réjouit de toutes leurs prospérités (2); et leur bonheur, loin de l'attrister , devient le sien propre.