‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 95 sur 157 · II. Différence de l'envie et de quelques autres scntiuiens · texte numérisé non relu

II. Différence de l'envie et de quelques autres scntiuiens

Pour connoître plus positivement la nature de l'envie, il est bon de la distinguer de quelques autres sentimens, avec lesquels il est assez ordinaire de la confondre.

La haine et l'envie produisent le même effet, qui est de s'affliger du bien d'autrui. Mais il y a cette différence : le haineux s'attriste direc-

(1) Charitas non cemulatur. 1. Cor* xm. i4>

(2) Idipsum pro invicem sollicita sunt membra j et si quid patitur unum membrum , compatiuntur omnia merabra : sive gloriatur unum membrum, congaudent omnia membra. 1. Cor. xii. a5, 216.

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tement , à raison du mal qu'il veut à son adversaire; l'envieux se désole , à raison du bien d'autrui qu'il désire pour lui-même. La haine a presque toujours pour principe une injure , ou réelle , ou imaginaire; l'envie ne voit dans l'homme qu'elle poursuit , d'autre tort que le bonheur dont il jouit. L'une dans le malheur de l'ennemi cherche le plaisir de la vengeance ; l'autre, en désirant le malheur du rival, n'y cherche d'autre satisfaction que ce malheur même.

L'envie a aussi quelque rapport avec un autre sentiment , qui est la jalousie. L'une et l'autre font le tourment , et de celui qui en est le sujet , et de celui qui en est l'objet. Ce sont cependant deux choses très distinctes» On est jaloux de son bien , envieux du bien d'autrui ; jaloux de ce qu'on craint de perdre , envieux de ce qu'on désire acquérir; jaloux par attachement déréglé à ce qu'on possède , envieux par ardeur d'envahir ce que possèdent les autres. Ainsi l'envie est plus que la jalousie , d'abord injuste, puisqu'elle n'a aucun droit à ce qu'elle poursuit; ensuite déraisonnable : le jaloux , par ses précautions, peut espérer de conserver ce qu'il a; les agitations de l'envieux ne lui feront pas atteindre ce qui lui manque.

L'erreur la plus commune et la plus dangereuse, parce qu'on s'en fait une excuse vis-àvis du public , quelquefois même une illusioa

SER l'eNVIE. 2 2^

à ses propres yeux, c'est de confondre l'envie arec une louable émulation. Mais quelle différence entre celui qu'anime l'émulation , et celur qu'agite l'envie. L'un chérit l'objet que l'autre déteste. Le premier travail à s'élever jusqu'à son modèle; le second s'efforce de ravaler son rival au-dessous de lui. Celui-là est rin de ses propres défauts; celui-ci attristé des qualités d'autrui. Celui-là joyeux de voir dans son frère un mérite qu'il puisse imiter , cherche encore à le faire valoir; celui-ci affligé de voir dans son semblable un mérite qu'il désespère d'atteindre > n'est occupé qu'à le décrier. Entre l'émulation et l'envie , il y a toute la distance qui existe entre l'amour et la haine, entre la vertu et le vice , entre la bienfaisance et la persécution.

AI. Causes de l'envie.

Les causes de l'envie peuvent se rapporter à trois chefs principaux : l'ambition , l'orgueil , et l'amour propre porté jusqu'à l'égoïsme. L'ambition aspire à tout : on regarde comme des concurrens ceux qui obtiennent quelque chose que l'on ambitionnoit; on s'afflige de leurs succès , que l'on regarde comme des revers pour soi-même. L'orgueil; on se croit fait pour tout, propre à tout ; on se juge fort supérieur aux très; on pense que tout est dû à soi de préfé-

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rence à eux; oa est humilié, attriste, de les voir préférés à soi. Enfin l'égoïsme : on n'est occupé que de soi ; on n'a d'amour que pour soi. Le bien arrivé au prochain ne fait aucun plaisir; et quand c'est un bien qu'on désiroit pour soi-même , on ressent une vive peine de le lui voir obtenir.

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