‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 96 sur 157 · IV. L'envie est très co minime · texte numérisé non relu

IV. L'envie est très co minime

Les trois dangereuses passions , qui engendrent et fomentent l'envie , étant universellement répandues , c'est une conséquence nécessaire que l'envie soit extrêmement commune.

Ce qui la rend plus générale encore , c'est que toute espèce de bien pouvant être l'objet de nos désirs, il n'y a aucun genre de bien qui n'en devienne la matière. Parcourez les livres saints, et voyez combien d'exemples ils vous présentent de cette funeste passion ; depuis le jour où celle de Gain répandit sur la terre le premier sang, jusqu'au jour où celle des pharisiens et des scribes fit couler le plus précieux et le plus sacré. Hélas ! je désirerois n'avoir à rapporter que des exemples de ces temps si éloignés du nôtre. C'est avec une vive douleur que je les vois se reproduire continuellement parmi nous , et surtout dans les personnes qu'une éducation plus soignée devroit en garantir davantage. Un homme vient-il à bout de

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s'élever un peu au-dessus des autres , par les richesses, par les honneurs, par la faveur, par les lettres, par l'estime publique? Je vois aussitôt se former un parti contre lui dans sa patrie, souvent même dans sa propre maison. Malheur à lui, si la malignité trouve en lui quelque chose à critiquer, de quelque genre que ce soit. Elle s'en saisira avec empressement , le publiera avec ardeur , l'exagérera avec rage. Si elle ne trouve aucune prise dans ses actions, elle s'attachera à ses intentions, les interprétera selon ses vues , les empoisonnera à son gré. Suivez l'envie dans les diverses conditions , vous la verrez chercher à les déplacer et à les confondre. On envie son supérieur, parce qu'on ne se voit pas pareil à lui; son égal, parce qu'on ne sent sur lui aucun avantage; son inférieur , parce qu'on craint d'en être un joui^ atteint, et peut-être surpassé. Parcourez lés diverses classes de la société > vous verrez se rédlisèr ce que le Sage déploroit comme une des |>lus funestes vanités humaines; vous verrez tous* les travaux, tous les talens, tous les succès être les objets de l'envie (1). Pénétrez dans l'intérieur des familles , vous l'y reconnoîtrez , semant la division entre ceux qui devroient être

(i) Gontemplatus sum omnes labores homirrum : ci indu-» strias animadverti patere invidia? proximi. Et in hoc ergd va.nitas , et cura superflua est. EccL iy. 4»

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les plus unis; armant , pour quelques légers intérêts , les frères contre les frères , tas parons contre les parens, les serviteurs contre lés serviteurs. Introduisez-vous dans les cercles, vous y verrez ceux qui les composent faisant assaut entre eux; les hommes d'esprit ou de distinction , les femmes de beauté ou de parure , s'obscrvant mutuellement, se cherchant réciproquement des défauts, pour aller de là dans d'autres cercles les publier et les aggraver. Passez dans les assemblées littéraires , vous y entendrez les critiques que tous ceux qui prétendent au talent ne cessent de faire du talent des autres, répandant leur fiel sur tout mérite qui les offusque , n'épargnant que la médiocrité. Entrez dans les ateliers des fabricaris, vous les verrez aussi occupés à dénigrer les talens des autres , qu'à faire valoir les leurs," Allez dans les comptoirs des négocions, vous tes trouverez partagés entre le désir de prospérer et celui d'arrêter la prospérité d'autrui; et travaillant avec une égale ardeur à étendre leurs spéculations, et à traverser celles des autres. Transportez -vous dans les camps, considérez ces rivaux de gloire, plus ennemis entre eux qu'ils ne le sont' de l'ennemi qu'ils ont à combattre; sacrifiant sans hésiter , pour se perdre réciproquement , et le sang humain qu'ils sont tenus de ménager , et le sort de l'état qu'ils sont chargés de défendre* Arrivez dans les cours , c'est là que vous verrez

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l'envie agissant avec le plus d'activité , dominant avec le plus d'empire. Elle :y établit son trône immédiatement au-dessous de celai .du souverain, qu'elle circonvient, qu'elle enveloppe de tous côtés , afin que rien n'y parvienne , que terni de ses couleurs et empoisonné de son venin. Observez ces intrigues si multipliées , qui tiennent la cour dans une continuelle fermentation; vous reconnoîtrez que leur objet général est , ou d'écarter ce que l'oncraint, ou de supplanter ce qu'on rivalise. Le mérite y est un tort : et le talent le -plus propre à y réussir est souvent de Gâcher son talent. Hélas S et même dans les sociétés les plus pieuses, même dans les asiles consacrés à la religion et à la retraite , l'envie ne vient-elle pas se glisser? Jusqu'auprès de Jésus-Christ , ne parvient-elle pas à mettre en opposition ses fidèles apôtres (1). Je me rappelle ces arènes antiques, où des lutteurs se disputoient le prix , en s'efforçant de se renverser les uns les autres. Elle* m'offrent un emblème du monde dans lequel nous vivons. Je vois une multitude d'hommes , que tant de sentimens et d'intérêts devroient réunir, divisés par ce sentiment funeste, et pour des intérêts souvent imaginaires. Je les vois se regarder avec des yeux jaloux , employer toute leur attention à se mesurer mutuelle-

(1) Et audientes decem indiçnati sunt de duobus frafribus. Matth. xx. 24*

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ment, toute leur force h se pousser, à s'efforcer de s'abattre , et de triompher les uns des autres.

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