‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 97 sur 157 · V. L'envie se cache avec soin · texte numérisé non relu

V. L'envie se cache avec soin

L'envie est universellement répandue dansle monde; et cependant elle ne.paroît pas commune. C'est que ceux qui en sont atteints se gardent bien de la faire paroître. Les autres passions n'inspirent pas la même honte. On voit même souvent des hommes qui s'en glorifient effrontément. L'ambitieux annonce têtelevée ses prétentions. Le glorieux fait parade des avantages qu'il a, pu qu'ils croit avoir. L'intempérant se vante de ses excès. Quelque»

avares font gloire de leur trésor. On entend même quelquefois les libertins faisant trophée de ce que , dans leur langage insensé , ils appellent de bonnes fortunes. Mais ce qui n'existe nulle part, c'est un homme avouant qu'il soit envieux. La raison en est simple. L'envie, rendant celui qui en est attaqué l'ennemi de tout le monde, est universellement regardée comme un vice, non seulement dangereux et haïssable, mais encore bas et méprisable. En conséquence il n'est personne qui veuille s'en laisser soupçonner, et qui ne le cache au public avec tout le soin dont il est capable. Ce qui est plus fâcheux encore, c'est que, pour n'avoir pas à en rougir,

on se le dissimule à soi -même. Sur ce point si délicat , l'illusion est malheureusement aussi facile qu'elle est dangereuse. L'air pestilentiel s'insinue, sans qu'on le sente dans l'intérieur; s'y établit, s'y fixe , s'y dilate, sans qu'on s'en aperçoive ; et le corrompt, avant qu'on ait pu s'en douter. Ce sentiment ennemi , par sa nature , de toute espèce de bien , c'est pour l'ordinaire sous l'apparence spécieuse du bien qu'il se déguise. On dit aux autres, el on dit à soimême, que ce qui déplaît dans l'élévation d'une telle personne, c'est qu'on l'en croit ou indigne, ou incapable. On affecte de la plaindre d'être chargée d'un fardeau au-dessus de ses forces, de plaindre la chose publique d'être confiée à de telles mains.

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