‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 98 sur 157 · VI. Signes auxquels on peut la reconnoître · texte numérisé non relu

VI. Signes auxquels on peut la reconnoître

O vous qui lisez cet écrit, arrêtez-vous ici; nous vous en conjurons pour l'intérêt essentiel de votre bonheur éternel , et même pour celui de cette vie. Faites en ce moment un retour s»r vous-même : examinez-vous avec une attention scrupuleuse; jugez -vous avec une impartiale sévérité. Portez dans tous les replis de votre conscience la sonde de votre attention ; et cher-, chez s'il ne s'y cache pas quelque sentiment obscur d'envie. Voici à quels signes vous pourrez le reconnoître Quand vous avez blâmé le

a3o sua l'knvie.

bien qui étoit fait à quelqu'un , quels étoient sur cette personne vos senlimens? Si on la louoit devant vous , si on se réjouissoit de son bonheur, n'en ressentiez-vous pas une peine secrète? Si au contraire vous l'entendiez décrier, n'éprouviez-vous pas une satisfaction intérieure? Allez plus loin : dans l'improbation que vous donniez à sa fortune, ne se mêloit-il pas une comparaison, ou formelle, ou tacite avec vous-même? Ne vous jugiez-vous pas plus digne d'obtenir , plus capable d'exercer l'emploi ? Ne cherchez pas à vous abuser plus longtemps. Faites cette recherche intérieure , avec toute la sincérité que demande son importance, avec tout le soin qu'exige sa difficulté.

VU. L'enyie funeste pour la vie future.

Pour sentir comme il convient la nécessité de déraciner de notre cœur cette affreuse passion , considérons les fruits amers qu'elle produit; et d'abord jetons les yeux sur ses effets relativement à la vie future.

Que l'emie soit un des vices les pi us graves, les plus fortement réprouvés, les plus sévèrement punis , c'est ce dont il est impossible de douter. Si vous ouvrez les livres saints, wous la verrez proscrite dans une multitude d'endroits. L'apôtre saint Pierre nous exhorte à déposer, avec l'envie, les méchancetés, les tron>

sur l'envie. *3i pertes, les dissimulation?, les détractions qu'elle entraîne (1). L'apôtre saint Paul la met souvent au rang des passions les plus criminelles (2). Il recommande expressément de ne rien faire par envie et avec contention (5). Il ne veut pas que , par une cupidité de vaine gloire, ou s'envie et on se provoque mutuellement (4). Long-temps auparavant, le roi prophète avott interdit cette rivalité qui opère le mal (5); et le Sage avoit déclaré que quiconque se réjouit de la ruine d'autrui , ne restera pas impuni (6). Et quand nous n'aurions pas pour garans ces autorités sacrées , il suffiroit pour se convaincre que l'envie est un péché des plus graves, de la considérer en elle-même. Elle est, par sa nature et par ses suites , directement opposée à la charité. La charité consiste à désirer , à pro-

(1) Déponentes igitur omnem malitiam, et omnem dolum , et timulationcs , et invidias, et detractationcs. i. Petr. u. i.

(a) Repletos orani iniquitate, malitiâ nequitià, plcnos>

invidiâ, horaicidio, etc. Rom. i. 29.

Manifesta sunt opéra carnis , qiue sunt , fornicatio ido-

lorum servitus , \ene6cia , inimicitiac , contentiones , aemulationes, ira?, rixae, dissentiones, secta?,. invidia;, bomicidia, etc. GalaU v. 19, ao, ai.

(3) Non in contentione, et xmulationc. Rom. xiu, i3.

(4) Non efficiamur inanis gloria? cupidi , invicem provocantes, invicem incidentes. Gala t. y. a6.

(5) Noli xmulari ut maligneris : quoniam qui maliçnanlur exterminabuntur. Psalm. xxxvi. 8, 9.

(6) Qui in ruinâ lxtatur alterius non erit impunitus. Prou.

XT1I. 5.

curer au prochain toute sorle de bien: l'envie à s'attrister de son bonheur et à le traverser. Il-est donc tout simple que Dieu l'interdise, et la punisse en proportion de ce qu'il prescrit et de ce qu'il récompense la charité. Et non seulement cette odieuse passion combat la charité du prochain , elle s'attaque aussi indirectement à Dieu lui-même. Tous les biens que l'on envie dans les autres hommes , n'est-ce pas de Dieu qu'ils leur viennent ? Richesses , grandeurs, beauté, réputation, talens , vertu, n'estce pas Dieu qui répartit tout à son gré? Quiconque hait le bienfait accordé au prochain , condamne par cela même tacitement le divin bienfaiteur : et, comme si la sagesse éternelle eût pu se tromper dans la distribution de ses dons , il voudroit l'engager à en faire une plus parfaite. Il trouvera dans l'Evangile la réponse à ses insolens murmures. C'est celle que fait le père de famille aux ouvriers qu'il avoit envoyés travailler dans sa vigne , et qui envioiént le salaire accordé à ceux qui étoient venus depuis eux. A tous les murmurateurs de tous les temps, Jésus -Christ répond : Quel tort vous fait ce que je donne à votre frère? Recevez avec reconnoissance ce que j'ai bien voulu vous accorder , et ne vous plaignez pas de ce que je veux départir à un autre. Ne suis-je donc pas le maître de faire ce qu'il me plaît ? Et votre œil doit-il être mauvais , parce que je suis

scr l'envie. 235

bon (1). Ce qui rend surtout celte passion funeste pour le salut, c'est qu'elle est de toutes la plus incurable. On ne cherche pas , on ne désire pas la même guérison d'un mal qu'on ne sent point ; et comme on ne s'en croit pas atteint , on n'imagine pas de travailler à s'en délivrer.

Ce n'est pas seulement pour la vie future»

que l'envie est funeste; elle commence ses ravages dès la vie présente, et fait le malheur du temps comme de l'éternité. On peut à cet égard la considérer sous trois points de vue : relativement à la société, qu'elle divise et qu'elle trouble; à l'objet qu'elle attaque et persécute; au sujet, qui en est atteint et déchiré.

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