XIII. Envie conçue en faveur d'autrui
Il est un genre d'envie qu'on avoue , et qu'on excuse plus communément que tout autre ; c'est celle que l'on conçoit en faveur des personnes que l'on aime. On voudrait les voir jouir de tous les avantages ; et on s'afflige , comme d'un préjudice qui leur est porté , du bien qui arrive aux autres. Comme ce sentiment n'est pas souillé, de même que l'autre , par l'intérêt personnel , on n'en rougit point. Il semble que l'envie soit ennoblie par Tamitié qui la fait naître. Mais c'est toujours un sentiment répréhensible dans celui qui l'éprouve , et pour celui en faveur de qui il est conçu ; c'est un devoir de le réprimer , et de l'étouffer dans le cœur où il a germé. Dans l'Eglise naissante de Corintlie , des dissensions s'élèvent au sujet des différents docteurs qui y ont porté la lumière évangélique. Chacun cherche à faire prévaloir celui dont il est le disciple. L'un élève Paul, l'autre ApoUo. Ecoutez ce que leur dit le grand apôtre : Cette ardeur , ces disputes , montrent combien vous êtes encore charnels. Qu'est-ce que Paul ? Qu'est-ce qu'ApoUo ? Ils ne sont que les ministres de celui en qui vous croyez. Ils n'ont que ce qu'il leur a accordé. J'ai planté, Apollo a arrosé ; mais c'est Dieu qui a fait croître. Celui qui ne fait que planter , et celui qui ne fait qu'arroser, ne sont rien. C'est celui qui donne l'accroissement qui est tout (1). Les disciples de saint Jean-Baptiste , jaloux de la gloire
(r) Cum enira sit inter vos zelns et contentio, nonne carnales estis, et secunduin hominem arabulatis? Cum enim quis dicat : Ego quidem sum Pauli; alius autera, ego Apollo, nonne homines estis? Qnid igitur est Apollo? Quid vero Paulus? Minister ejus oui credidistis, et nnicuique sicut Dominus dédit. Itaqne neque qui plantât est aliquid, neque qui rigat : sed qui increraentura dat Deus. i Cor. 3; 3, 7.
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qu'acquérait Jésus-Christ , et craignant qu'elle ne diminuât celle de leur maître , viennent se plaindre à lui de ce que Jésus - Christ baptise aussi , et de ce que tout le monde court après lui. Que leur répondra le saint précurseur ? L'homme n'a de pouvoir que celui qui lui a été donné ; el vous devez vous lappeler que j'ai dit formellement que je n'étais pas le Christ , mais que j'étais envoyé devant lui pour Tannoncer (1). Il fait une réponse plus persuasive encore. Il les envoie à Jésus- Christ , afin que , voyant ses miracles , ils se pénètrent de la foi qui lui est due (2). Nous lisons au livre des Nombres , que Moïse ayant rassemblé devant le tabernacle soixante et dix des anciens d'Israël , l'Esprit de Dieu descendit sur eux, et ils prophétisèrent sans discontinuer. Le même Esprit descendit en même temps sur deux hommes qui étaient restés dans le camp , et aussitôt ils prophétisèrent aussi. On courut en porter la nouvelle à Moïse ; et Josué lui-même , son ministre , son confident intime , voulut l'engager à les en empêcher. Mais le saint conducteur du peuple de Dieu repoussa , comme il le devait , ce sentiment dangereux. Pourquoi, dit-il , êtes-vous envieux en ma faveur ? Qui pourra au contraire obtenir que tous les enfants d'Israël acquièrent le don de prophétie ; et que le Seigneur leur communique aussi son Esprit (3) ?
(i) Vénérant ad Joannem, et dixerunt ei : Rabbi, qui erat tecum trans Jordanera, cui tu testimoniam perhibuisti, ecce hic baptizat, et omnes veniunt ad eum. Respondit Joannes , et dixit : Non potest homo accipere quidqaam , nisi faerit ei datum de cœlo. Ipsi vos mihi testimoniam perhibelis quod dixerim : Non sam ego Christus ; sed quia missns sum ante illura. Joan. 3; 26, 27, -28.
(2) Et nuntiaverunt Joanni discipnli ejus de omnibus his : et convocavit duos de discipulis suis Joannes : et misit ad Jesum. Luc. 7 ; 18, 19.
(3)Statim Josae filiusiVww, tune minister Moisi, et electusepluribus, ait : Domine rai Moïses, prohibe illos. At ille : Quid, inquit, aemularis pro me? Quis tribaat ut omnis populos prophetet, et det eis Dominas spiritum suam? Num. i x ; 28, 29.
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