‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 105 sur 281 · I. Notion de lavarice · texte numérisé non relu

I. Notion de lavarice

Car il ne faut pas croire que Tavarice consiste à amasser des trésors. L'accumulation de l'argent est un effet de l'avarice , mais n'est pas l'avarice même. Cette passion , ainsi que toutes les autres , réside dans le cœur , et se manifeste de même par des actes extérieurs. L'avarice est , comme le disent , avec saint Thomas , tous les moralistes, une ardeur immodérée d'augmenter son bien. Que ce soit pour entasser , que ce soit pour dissiper que l'on ressente cet amour déréglé de l'argent, c'est toujours avarice. Elle sert également les deux excès contraires : la parcimonie et la profusion. Observez avec attention les prodigues , vous les verrez presque toujours avares. Ils le deviennent par besoin , comme les autres le sont par sentiment, N'imaginez donc pas vous soustraire aux anathèmes prononcés contre l'avarice , parce que vous aimez l'argent , non pour le renfermer , mais pour le dépenser. Ce n'est pas seulement l'usage criminel , c'est l'attachement désordonné , que les livres saints condamnent dans une multitude d'endroits (1). Pour détruire les funestes

(r) Nihil est iniquius quam araare pecnniam; hic enim et animam suam venalem habet. Eccli. lo; lo.

Qui aurum diligit non justificabitur. Eccli. 3i ; 5.

Qui confidit in divitiis suis corruet. Prov. ii ; 28.

Qui festinat ditari non erit innocens. Prov. 28; 20.

Pro eo qnodhabuisti fidaciam in munitionibus tuis , et in thesanris tuis , tu quoque capieris. Jerem. 48; 7.

Dixit que ad illos : Yidete et cavete ab omni avaritia : quia non in abundantia cujasqaam vita ejas est ex his qnae possidet. Luc. 12 ; i5.

sua l'avarice. 179

effets de l'avarice, Dieu proscrit le sentiment qui les produit. Pour empêcher les fruits empestés de naître , il en étouffe le germe.

Nous disons que l'avarice est une ardeur immodérée d'augmenter son bien. Ce n'est pas la possession , c'est l'attachement déréglé à la richesse , qui fait le crime. Dieu qui regarde plus l'intention que les œuvres , juge l'avarice , non à raison de la fortune dont on jouit , mais à raison des désirs que l'on nourrit. Comme il permet de posséder les biens de la terre , il trouve bon qu'on les acquière , pourvu que ce soit licitement , et par des voies honnêtes. \ ugmenter son avoir par une louable industrie , ou par une sage économie , n'est pas contraire à la religion. Tant que le désir se contient dans de justes bornes, tant c[ue les moyens sont conformes à la justice et à la charité , tant que l'usage tient un juste milieu entre la parcimonie et la prodigalité , l'accroissement de la fortune n'est pas condamné ; la richesse peut être un moyen de salut. Combien de saints personnages de l'ancienne et de la nouvelle loi se sont sanctifiés par ce moyen ? Ce n'est pas à la pauvreté effective , c'est à l'esprit de pauvreté que Jésus-Christ promet le royaume des cieux (1). On peut même dire qu'une abondance modérée est l'état le plus désirable; celui où l'on est exposé à moins de tentations ; celui où , dans le fait , il existe le plus de vertus (2) ; celui où le plus sage des hommes , inspiré par l'Esprit saint , aurait désiré d'être placé (3).

(i) Rea!i panperes spirita : quoniam ip^o^am est regnum cœloiuin. Matth. 5; 3.

(2) Bona est subsfantia, coi non est peccatam in conscientTa. Eccli. i3; 3o.

(3) Mendicitatera et divitias ne dederis mihi : tribne tantuin victui meo necessaria : ne forte satiatus alliciar ad negandum, et dicain : Quis est Dominas? aut egestate compulsas farer, et perjarem noraer/ Dei mei. Prov. 3o; 8, 9.

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