IV. L'amour immodéré des richesses est commun
Mais, hélas I combien ils sont rares, dans tous les pays et dans tous les états . ceux qui savent, ou réprimer , ou même modérer l'amour de l'argent I Le désir du bonheur , que Dieu avait mis dans nos cœurs pour nous faire tendre à celui qu'il nous a préparé , notre déplorable aveuglement l'a corrompu. Yile terre que nous sommes , nous ne cherchons le bonheur que dans les biens terrestres. L'avidité d'acquérir , répandue comme un déluge universel , a inondé toute la terre , et a causé sur sa surface plus de bouleversements que n'en avait opéré cet autre déluge , dont Dieu punit autrefois les crimes du genre humain. Au lieu d'instruire leurs enfants de l'usage chrétien qu'ils doivent faire de leurs biens , les pères s'occupent de graver dans leurs esprits encore tendres ce qu'ils ont eux-mêmes dans le cœur. Ils leur enseignent que dans la richesse consiste la vraie félicité. Ils leur en inspirent l'amour : ils leur indiquent les moyens de se la procurer. Muni de ces fatales leçons , l'enfant entre dans le monde : et tout ce qui l'entoure s'empresse de les lui répéter. Il voit l'intérêt régner en souverain absolu sur toute la terre. Plus il acquiert d'expérience et de connaissance du monde , plus il voit que tout y est vénal , noblesse , honneurs , emplois , plaisirs , justice , amitié , estime même , et jusqu'à la pudeur et la vertu. Il voit l'homme considéré , non par ce qu'il est , mais
(i) Beatns dives qui inventus est sine macula; et qui post anrum non abiit, nec speravit in pecunia et thesauris. Quis est hic? et laudabimus eum. Fecit enim mirabilia in vita sua : qui prohatus est in illo, et perfectus est, erit illi gloria œterna , qui potnit transgredi , et non est transgressas; facere mala, et non fecit. Ideo stabihta sunt bona illius in Domino : et eleeraosynas illius enarrabit omnis Ecclesia sanctorura. Eccli, 3i; 8, 9, 10, 11.
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par ce qu'il a ; et qu'on regarde en lui ce qu'il possède , et non la manière dont il l'a acquis. Jetez les yeux sur ce mendiant , et voyez l'astuce et les ruses qu'il emploie pour surprendre et tromper la charité. Allez dans la cabane du pauvre ; vous le trouverez confondant la nécessité avec la cupidité , faire servir la multitude de ses besoins à justifier l'étendue de ses désirs. Demandez à tous ceux que vous recontrez dans les places publiques, quel est l'objet de leurs allées et de leurs venues ; s'ils sont de bonne foi , la plupart vous répondront qu'ils courent après la richesse ; que c'est l'âpreté du gain qui les agite et les dirige. Quelle est l'étude dans laquelle vous voyez absorbé ce banquier devant son bureau? 11 calcule avec une infatigable application les manières les plus profitables de faire valoir son argent , de bénéficier sur les changes , d'agioter les effets publics. Parcourez les marchés et les foires, vous découvrirez la double conspiration , des vendeurs pour vendre chèrement, des acheteurs pour acquérir à bon marché. Entrez dans les maisons des grands : vous y trouverez les faux besoins du luxe amenant les moyens les plus honteux d'y satisfaire : la parcimonie au dedans , avec le faste au dehors : et l'intérêt le plus sordide cachant sa honte sous les livrées de la magnificence. Hélas I et ce que nous ne disons qu'avec une vive douleur , ce vice de scandale du monde a pénétré jusque dans le sanctuaire. Il y a conduit , il y retient , il y anime de malheureux ministres. Tel tonne avec force contre l'intérêt que peut-être l'intérêt a fait monter dans la chaire (1). Il semble que ce soit notre déplorable siècle que les anciens prophètes annonçaient quand ils disaient avec douleur : Tous se sont égarés dans leurs voies. Depuis le plus grand jusqu'au plus petit , tous suivent le sentier de l'avarice (2).
(i) Sacerdotes ejas in mercede docebant : et prophetae ejns in pecania divinabant. Mich. 3; ii.
(a) Omnes in viam suam declinaverunt , unasquisque ad avaritiam saam, a sumrao usqae ad aovissimam. Is. 56; ii.
S'il était quelqu'un qui pût douter que l'esprit d'intérêt , le désir ardent des richesses , est un péché très-grave, qu'il le considère , soit en lui-même , soit dans son opposition avec les principes de la reUgion , soit dans ses funestes effets.