‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 108 sur 281 · V. Peines de lavarice dans ce monde · texte numérisé non relu

V. Peines de lavarice dans ce monde

La preuve que l'esprit d'intérêt est contraire même à îa morale naturelle , est le désir que tout homme ressent et manifeste de paraître désintéressé. Voyez tous ceux que l'on soupçonne de ce défaut , avec quelle force ils s'en défendent , avec quel soin ils travaillent à éloigner d'eux cette fâcheuse imputation. Ecoutez les propos que le public ne cesse de tenir sur leur compte (1) , les railleries dont leur parcimonie est l'objet. Et si on les accuse d'avoir employé pour s'enrichir des moyens criminels , considérez l'indignation universelle qui les poursuit à travers la considération extérieure qu'extorque quelquefois leur opulence. Interrogez vos propres pensées : et par le mépris que vous avez pour cette vile passion et poui ceux qui en sont atteints , jugez celui qui vous attend , si vous vous en laissez posséder. Et ce n'est pas seulement l'opinion publique qui fera justice de votre amour poui l'argent : vous en trouverez dans vous-mêmes la première punition. Dieu a voulu que toute passion , et spécialement celle-là , trouvât dans elle-même , et dès et monde , son châtiment : châtiment paternel , châtiment non de la justice , mais de la miséricorde , qui avertit le pécheur de son iniquité , qui lui en fît sentir le vice , et qui par la forte , mais salutaire commotion qu'elle lui

A minore qaippe asque ad majorem, omnes avaritiae stadent. Jerem. 6; i3.

(i) Yidebant jasti et tiraebunt , et super eum ridebunt, et di cent : Ecce homo qui non posuit Deum adjutorem suum; sed speravit in multitndine divitiarum suarura; et praevaluit in vanitate sua. Ps , 5i;8, 9.

SUR l'avarice. 187

lerait ressentir , l'exhortât , Texcitât, le pressât de prévenir les châtiments bien autrement sévères , qui lui sont réservés. Sans parler des remords qui suivent constamment tout amour déréglé , et que ne pourront jamais étouffer entièrement vos vaines excuses et vos sophismes, songez aux peines , aux travaux continuels auxquels va vous condamner cette ardeur de la fortune qui vous agite ; aux regrets vifs et cuisants qu'elle vous annonce, si votre poursuite laborieuse ne vous fait pas atteindre l'objet de vos vœux ; aux soucis , aux inquiétudes qu'elle vous prépare , pour conserver , pour mettre en sûreté , pour faire valoir , pour améliorer ce que vos veilles et vos sueurs auront pu vous acquérir. Insensés que vous êtes I vous pourriez , en tenant votre appétit des richesses dans de justes bornes , en vous contentant de jouir chrétiennement de ce que Dieu vous a accordé , ou en ne cherchant à l'augmenter qu'avec une religieuse modération , couler des jours heureux , sereins et tranquilles. Le gouvernement honorable de votre maison , la prudente administration de votre bien , la sage amélioration de vos revenus , vous feraient goûter les doux plaisirs de la société , et les fruits précieux de l'amitié , au sein d'une famille qui vous devrait son aisance et son bonheur. Mais , hélas I en donnant entrée dans votre cœur au démon enragé de l'avarice , quelle vie fatigante , inquiète , troublée , pleine de soucis et de remords , vous allez mener , objet de l'envie , du mépris , de l'indignation publique I

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