‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 127 sur 281 · IX. Méchanceté raffinée des détracteurs · texte numérisé non relu

IX. Méchanceté raffinée des détracteurs

Le roi prophète mettait au nombre de ses devoirs de persécuter de toute son autorité ceux qui se rendaient coupables de cette criminelle injustice (2). Il s'était formé , et nous présente du détracteur une idée bien odieuse , mais bien juste. Il compare sa langue à celle de l'aspic , qui enfonce dans la plaie qu'elle fait son venin mortel ; au glaive aiguisé qui porte la mort ; à la flèche pointue qu'on lance de loin dans le cœur (3). Ce qui

(i) Inexcnsabilis es, o homo qui judicas: in qno enim judicas alterum te ipsnm conderana.' : eadem enim agis quae judicas. /?om. 2; i.

(2) Detrahentem secreto proximo suo hune persequebar. Psalm. 200; 5.

(3) Filii hominnm dentés eorum arma et sagittae : et lingua eorum gladius acutus. Psalm. 56; 5.

Ecce loquentur in ore suo, et gladius in labiis eorum. Ps. 58; 8.

Exacuerunt ut gladium linguas suas; intenderunt arcum rem amaram ; ut sagittent in oculis immaculaîum : subito sagittabunt eum , et non timebnnt : firm.iverunt sibi sermonem nequam. Psalm. 63; 4, 5,

Acuerunt linguas suas sicnt serpentis , venenum aspidum sub labiis eovnva. Psalm. i 39 ; 4.

rend ces traits plus dangereux , plus funestes dans la main du méchant , c'est leur variété , c'est l'adresse avec laquelle il les lance. Vous le voyez , selon les personnes dont il parle , selon celles à qui il s'adresse , employer avec un art perfide toutes les manières de répandre et de persuader ses méchancetés. Tantôt il en impose par l'assurance de son ton ; présentant les soupçons comme des certitudes; donnant ses conjectures pour des faits indubitables ; mêlant hardiment le faux avec le vrai ; altérant les circonstances ; répandant sur tout ce qu'il débite la teinte de son âme noire. Tantôt , plus insidieux , il en laisse entendre plus qu'il n'en dit. Ce n'est souvent qu'un mot , qu'un geste , qu'un sourire , aussi expressifs , et plus persuasifs qu'une détrâction ouverte. Quelquefois il affecte de ne pas croire ce qu'il raconte. L'assaisonnement le plus commun de ses détractions est le sel de la raillerie , qui les rend plus piquantes, et les fait plus généralement goûter : il aiguise le trait pour Fenfoncer plus avant. Un autre de ses artifices ordinaires est de transformer les vertus dans les vices qui en sont voisins. Dans sa bouche empestée le courage devient témérité , la prudence lâcheté , la douceur faiblesse , la fermeté dureté , la franchise indiscrétion , la réserve dissimulation , la dignité hauteur , la modestie bassesse , l'économie avarice , la générosité dissipation. A-t-il surpris dans une jeune fille un regard libre ? il en fait une prostituée. Voit-il un jeune homme rechercher les plaisirs? à ses yeux c'est un libertin. En passant sur les lèvres corrompues tout se corrompt : souvent il emprunte le langage , atroce dans sa bouche , de l'amitié et de l'estime (1). Il en empoisonne les traits acérés de sa méchanceté. Ici il affecte une hypocrite compassion : il plaint avec un air triste , avec des paroles d'intérêt , celui qu'il décrie , et paraît s'intéresser à la réputation qu'il déchire. Là , pour

(i) Sagitta valnerans lingaa eorum , dolum locuta est : in ore suo paceni cura ainico loquitur , et occulte poriit ei insidias. Jerem. 9; 8.

donner plus de créance au mal qu'il dit , il y joint des perfides éloges : il pare sa victime en l'immolant : il cache sous des fleurs la pointe aiguë dont il perce : il recouvre de miel le poison pour le faire avaler. C'est Joab embrassant Amasa , afin de l'assassiner ; c'est Judas trahissant le Fils de l'homme par un baiser.

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