VI. L'impureté ne connaît ni bornes
Car c'est encore là un des caractères de l'impureté. Dans ses commencements , timide , honteuse , combattue par la pudeur naturelle^ arrêtée par la crainte des jugements du monde et de Dieu , elle n'ose se produire. Elle n'entre dans l'homme, comme lever, qu'en s'y glissant. Mais , lorsqu'elle s'y est établie , elle ne tarde pas à s'y agrandir, à dévorer toute la substance du malheureujt qui lui a donné entrée , à le jeter dans la phthisie , et à le conduire à la mort. Dès que Timpudicité a pénétré dans l'àme de l'homme , elle s'en empare ; elle devient en quelque sorte son âme. Il s'était flatté de rester maître de sa passion , de la modérer à sa volonté , de lui donner des bornes > Des bornes à l'impureté ; ahl c'est vouloir arrêter le cours d'un torrent avec une faible muraille de terre. Celui-là a bientôt brisé toutes les barrières qu'on avait imaginé de lui opposer; et ses débordements deviennent plus violents, par les obstacles mêmes qui l'avaient arrêté quelques moments. Ce qui présentait, peu auparavant, un spectacle enchanteur, n'offre plus qu'un amas de décombres et de ruines. Toutes les idées d'honnêteté , entraînées , emportées , ont fait place aux maximes les plus perverses. Le commerce le plus dangereux est devenu une communication amicale : les libertés les plus criminelles, des légèretés de jeunesse : la retenue, une faiblesse d'esprit ; la pudeur , un préjugé d'âge ; la chasteté , le scrupule d'une piété minutieuse. De là tous les excès les plus révoltants se succèdent , et vont sans
suis luxuriantes vobiscum ; ocnlos habentes plenos adnlterii, et incessabilis delicti. 2 Petr. 2 ; 12, 1 3, 14.
SDR l'impdreté. 259
cesse croissant , et se surpassant les uns les autres. C'est <;ette fange immonde dont parle le prophète , dans laquelle on se débat sans cesse , s'y enfonçant de plus en plus, sans jamais en trouver le fond (1).
Vir. Ni frein.
Ainsi, courant de crime en crime , le libertin ne connaît plus rien qui Tarrête. Aucun frein n'est capable de retenir celui qui a brisé le frein naturel et sacré de la pudeur. Qu'est-ce en effet qui pourrait contenir les attentats de l'incontinence? Le droit des gens? Les Sichimites le violent par le rapt de Dina. Les liens du sang ? Ils n'ont pas la force de retenir l'incestueux Amnon. La dignité de l'état ? La femme de Putiphar se ravale à solliciter au crime son esclave. La gravité de la magistrature ? Deux vieillards , juges d'Israël , la dégradent vis-àvis de Suzanne. La majesté du trône? David , l'homme selon le cœur de Dieu , devient adultère et homicide : et son fils, le plus sage des hommes , idolâtre. La consécration du ministère ? Les fils d'Héh profanent publiquement leur sacerdoce. Le soin même de la vie , le besoin de sa propre conservation , qui est généralement le sentiment le plus actif, le mobile le plus puissant de l'homme, Test moins que cette terrible passion , et souvent n'a pas le pouvoir de la modérer. La sentence de mort est prononcée contre les Israélites qui ont péché avec les filles de Moab : les potences sont élevées , les glaives aiguisés; le peuple , prosterné dans la terreur et dans les larmes , entoure le tabernacle. Dans ce moment même , dans ce moment de douleur et de const(;rnation universelle, voilà que l'impudique Zambri se présente audacieusement , pour commettre avec une Madianite le péché qui va , l'instant d'après , être si terriblement puni (2). Tout sans
(i) Infix-us sum in limo profundi : et non est substantia. Psalm. 68; 3.
(a) V. Num. 2 5.
260 SUR l'impureté»
exception, tout est sacrifié à cette ardente passion. La fortune : le libertin la dissipe dans des dépenses extravagantes. L'honneur : il s'avilit par ses bassesses envers les objets les plus méprisables. La réputation : il se rend , sans en être ému , la fable du public , l'objet de la risée générale. L'amitié : il la trahit sans difficulté , en fait même quelquefois le moyen qui fait réussir , et le manteau qui couvre les dissolutions. Les devoirs d'état : il les néglige , uniquement occupé de l'objet qui l'absorbe. La tendresse paternelle : il ruine ses enfants , laisse leur éducation abandonnée , les perd par ses exemples. Tout intérêt est immolé , tout devoir foulé aux pieds , toute vertu sacrifiée , tout sentiment étouffé par le libertinage.