II. L'oisiveté est commune
Et cependant cette obligation , si impérieusement , si universellement imposée , est presque universellement " méconnue. Dans les sociétés même les mieux réglées , les plus exemptes des grands vices , combien ne rencontre-t-on pas de ces êtres inappliqués , à charge à euxmêmes , ennuyeux aux autres , qui , comme le reproche le Saint-Esprit au peuple d'Athènes, ne savent s'occuper d'autre chose , que d'entendre , ou de dire des choses nouvelles (2) I Que de femmes , semblables à celles dont parle saint Paul, vont portant de maisons en maisons leur oisiveté ; et avec leur oisiveté leur indiscrète curiosité ,
riosara nsque ad hnmiliatam in terra et cinere ; ab eo qai atitar hyarintho, et portât coronara nsqae ad enm qui operitnr lino crudo. Eccli. 4o ; I, 3, 4.
(i) Nam cum essemus apud vos hoc denuntiabamus vobis, quoniam si quis non vult operari, nec mandacet. Aadivimns enim inler vos quosdamambulare inquiète, nihil opérantes, sed curiose agentes. lis autem qui ejusmodi sunt dennntiamus, et obsecramus in Domino Jesu Christo, ut cum silentio opérantes suum panem manducent. Vos autem fratres, nolite deficere benefacientes. 2 Thessal. 3; 10 et seq.
Rogamus autem vos, fratres, ut abundetis magis, et operam deîis, ut quieti sitis, et ut vestrum negotium agatis, et operemini manibus vestrisjsicnt praecipimus vobis. i Thessal. l^ ; 10, 11.
(2) Athenienses autem omnes, et advenae hospites, ad nihil ahnd vacabant, nisi aut dicere, aut audire aliquid novi. Act. 17 ; 21.
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et leur vain bavardage (1) ! On prétend même justifier cette vie oisive et dissipée. Nous entendons dire tous les jours : Quel est donc le mal que je fais ? La Religion défend-elle le délassement et le repos?
Non sans doute , Dieu ne condamne point, et je ne cherche point à combattre en son nom ces dissipations innocentes , ces amusements légitimes , où l'âme et le corps , fatigués de leurs travaux , vont réparer leurs forces , et se préparer à de nouvelles occupations. La nature les exige, et par conséquent la Religion les permet. Ce qu'elle condamne , c'est de chercher dans le repos le repos même ; de prendre après le repos encore le repos. Ce qu'elle réprouve , c'est cette vie continuellement oisive , pleine de dissipations , vide d'occupations , que mènent la plupart des chrétiens. Dans l'ordre de la nature , le délassement suppose des travaux précédents : dans l'ordre de la Providence , il est la préparation aux travaux futurs. De quel droit l'homme oisif ose-t-il donc parler de délassement ? Dans son éternel désœuvrement , il n'a à se délasser que de l'ennuyeuse continuité de ses dissipations. Le repos stable , constant , perpétuel , n'appartient pas à cette vie. C'est dans le sein de Dieu qu'il réside. C'est là qu'il nous attend (2). Il nous est destiné ■■, il ne nous est pas encore accordé. Pour le posséder , il faut le conquérir : il ne peut être que le prix de nos travaux. Mais, par une malheureuse intervertion d'idées, on veut la récompense sans le mérite : on prétend à la palme avant la victoire.
C'est cette erreur si répandue et si dangereuse qu'il s'agit de réfuter. On dit que la vie oisive n'est pas coupable: montrons qu'elle est très-criminelle. On prétend
(i) Simul aatem otiosae discunt circaire domos ; non solum otiosae, sed et verbosae, et cariosîe, loqnentes qaœ non oportet. i Timoth. 5 ■ i3.
(2) Labor est ante me donec intrem in sanctuariam Dei. Ps. 62 ; 16, 17.
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qu'elle n'est pas dangereuse : faisons voir qu'elle expose
aux plus grands dangers.
Que celui qui ne veut pas reconnaître le vice de sa vie oisive considère qu'elle offense à la fois trois des attributs de la Divinité. Elle brave la justice qui impose à l'homme l'obligation du travail , en peine de son péché. Elle outrage la bonté , qui nous accorde le bienfait de cette vie temporelle , afin que , par nos travaux , nous en méritions une autre éternellement heureuse. Elle! renverse l'ordre de la Providence qui ordonne à chacun de concourir par son travail au bien de la société dans laquelle elle l'a placé.