‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 159 sur 281 · III. Le travail est la peine da péché originel · texte numérisé non relu

III. Le travail est la peine da péché originel

Il suffit d'être instruit des premiers éléments du christianisme , pour ne pas ignorer quel est le principe commun de tous les maux qui affligent l'humanité. Un homme a donné entrée au péché dans le monde : et à la suite du péché se sont précipités tous les maux qui en sont le châtiment , et qui n'ont de terme que la mort , le plus redoutable de tous (1). Le péché, et ses épouvantables suites, voilà tout l'héritage que nous a laissé notre premier père. Le sang d'Adam , infecté dans sa source , transmet à tous ses enfants son crime et sa punition. Ce ne fut pas à lui seul , ce fut à l'universalité de ses descendants, que s'adressa ce terrible oracle: Tu ne mangeras ton pain qu'arrosé de tes sueurs (2). Tous les siècles l'ont entendu cet arrêt foudroyant : toutes les générations, depuis l'origine du monde , l'ont subi. Grands et petits , riches et pauvres , hommes de tout état , de tout pays , de tout sexe , de tout âge , c'est sous cette loi que vous êtes nés. Elle se perpétuera dans votre postérité la plus

(i) Per nnum hominem peccatum in hune mandam intravit per peccatum mors. ^o/ra. 5; la.

(2) In sudore vultus toi vesceris pane. Gen. 3; 10.

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reculée : et elle ne finira que sous le coup qui écrasera (/univers.

Et qui donc êtes-vous , pour imaginer de vous en affranchir ? Croyez-vous n'être pas , comme tous les autres , issu de la tige commune? Ou prétendez-vous , dans toute la masse du genre humain , faire à vous seul une classe à part? Fils d'Adam, la malédiction prononcée sur toute votre race vous suivra partout. Vous pouvez bien la méconnaître : vous ne pouvez pas vous y soustraire : et tous vos efforts pour vous dérober à la peine du premier péché sont eux-mêmes des péchés , qui vous soumettent à des peines bien autrement rigoureuses. Saint , Augustin ne craint pas de dire , que , malgré le baptême I qui a effacé en nous la tache originelle , nous la faisons I en quelque sorte revivre , quand nous ne remplissons pas I l'obligation qui en est la peine , et qui doit en être l'ex- ' piation. Saint Ambroise s'exprime plus exactement , quand il appelle l'oisiveté une seconde révolte contre Dieu. Selon ce père , la première fut la transgression du précepte particulier qui interdisait le fruit défendu ; la seconde est la violation de la loi générale qui prescrit le travail. Dans la première, l'homme avait refusé d'obéir: dans la seconde , il refuse de subir le châtiment de sa désobéissance. L'intempérance avait offensé Tautorité de Dieu : l'oisiveté brave sa justice. Cette seconde révolte vous rend, aux yeux de Dieu , bien plus coupables encore que ne l'avait été Adam par la première. Car enfin sa désobéissance fut l'erreur d'un moment : la vôtre est le crime soutenu et continuel de toute votre vie. Son péché fut immédiatement suivi de la honte de l'avoir commis ; vous jouissez de votre fainéantise sans remords et sans trouble. Il eut du moins la faible excuse de dire : C'est la femme que vous m'avez donnée qui m'a séduit : vous êtes à vous-même votre séducteur. Vous êtes seul l'auteur et le consommateur de votre péché.

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