IV. Et l'expiation de nos péchés personnels
Ce n'est pas seulement la tache de votre origine que vous avez à efïacer par le travail. Quel homme osera dire qu'il est personnellement exempt de péché ? Ce ne sera certainement pas celui qui mène une vie continuellement dissipée , éloignée de toute occupation, étrangère à tout devoir. Chaque nouvelle offense que vous avez commise pouvait devenir pour vous un arrêt de mort. Si la justice divine vous a épargné , si elle vous a laissé la vie que vous méritiez de perdre, ce n'est que pour que vous l'employiez à réparer par un usage saint et laborieux , l'usage coupable que vous en avez fait. C'est à cette seule condition , qu'il vous est encore permis d'exister. Pécheurs, ne vous faites pas illusion. Il faut absolument que vos fautes soient expiées dans ce monde par le travail, ou punies dans l'autre par des supplices. Vous marchez sous le fouet de la justice divine, comme ces criminels que la justice humaine condamne aux travaux publics : et vous ne voyez pas les châtiments suspendus sur vos tètes pour punir votre négligence. Ce n'est pas l'arbre qui porte des poisons , c'est celui qui ne rend pas de fruits , que dessèche la parole divine (1). Ce n'est pas le serviteur infidèle , c'est le serviteur inutile , que Jésus- Christ jette dans les ténèbres extérieures, où sont les pleurs et les grincements de dents (2).
Y. La richesse n'exempte pas da travail.
Vous êtes riche : et , parce que vous n'avez pas besoin
(i) Et videns fîci arborera unam secus viam, venit ad eam, et nihil invenit in ea nisi foha tantum : et ait illi : Nunqoam ex te fructus uascatur in sempiternam ; et arefacta est continao ficulnea. Matth. ar ; 19.
(2) Inntilem servnm ejicite in tenebras exteriores : ibi erit fletus et stridor dentiuni. Matth. 2 5 : 3o.
SDR l'oisiveté. 285
du travail pour vivre , vous pensez qu*il vous est inutile. Vous ne voyez pas pourquoi on prétend vous y astreindre, puisque vous pouvez vous en passer. Portez ôur vos autres obligations le raisonnement par lequel vous prétendez vous affranchir de celle du travail. Croyez-vous n'être astreint qu'à ce qui vous est personnellement nécessaire? Ce principe d'égoïsme , s'il pouvait prévaloir, briserait tous les liens qui unissent les hommes entre eux. Vous êtes riche : en êtes-vous moins compris dans Tarrêt porté contre tout le genre humain ; moins pécheur, moins obligé d'expier toutes vos fautes? Il me paraissait bien rigoureux , et j'avais peine à le comprendre , l'anathème lancé par Jésus-Christ sur l'extrême difficulté du salut des riches. Votre excuse me l'explique. Vous me montrez l'obstacle si difficile à surmonter „ que la richesse oppose à la sanctification. C'est l'appât qu'elle présente à la fainéantise : c'est la facilité qu'elle procure de se livrer à une vie molle, dissipée, inutile. Votre raisonnement est précisément celui du riche, dont il est parlé dans l'Evangile. Mon âme, te voilà regorgeante de bien : tu as amassé des richesses pour de longues années. ,Tu n'as plus d'autre soin que d'en jouir ; d'autre affaire que de te reposer; d'autre souci que de passer le reste de tes jours dans les festins et dans les plaisirs. Mais Dieu lui-même se charge de lui répondre : et écoutez ce qu'il lui dit. Insensé, cette nuit même on viendra te demander ton âme : et tout ce que tu as amassé , que deviendra-1- il (1) ? Riches inoccupés , c'est à vous qu'est adressé ce terrible oracle. Ce n'est pas pour votre subsistance jque vous avez besoin du travail; il vous est d'une néjcessité bien plus grande encore. C'est à votre salut qu'il est indispensablement nécessaire. La justice divine veut
(i) Et dicam animas meaî : Anima, habes multa bona posita in annos plurimos : requiesce : comede : bibe : epalare. Dixit autam illi Deus : Stolte, bac nocie animam taam répètent a te : qnse autem palasti, cujns erunt? Luc. 12 ; 19, 20.
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bien être désarmée par cette expiation : et la miséricorde suprême, en vous accordant le temps d'y satisfaire, vous en impose encore une nouvelle obligation.