X. Panition de la peite du temps
Jusqu'à quand , homme paresseux, resterez-vous dans votre lâche sommeil ? Quand vous retirerez-vous de cette léthargie , image et chemin de la mort (2) ? Considérez le terme funeste où elle vous conduit. Si une seule parole oiseuse doit entrer en compte au jour du jugement , à quel compte rigoureux vous soumettra une vie oiseuse toute entière ? Qu'aurez-vous à répondre sur tant d'heures , tant de journées , tant d'années que vous avez perdues. Que dis-je perdues? Ah I je me trompe beaucoup. Le temps se consume : mais il ne s'en perd pas un seul moment. Ils passent , ils fuient ces moments précieux : et. en s'enfuyant , ils emportent avec eux le mérite , ou le démérite de leur emploi. Ils vont le déposer aux pieds du Juge suprême. Yous les retrouverez au jour des justices. Dieu les retirera de l'abîme du passé pour vous les opposer (3) : et c'est sur l'usage que vous en aurez fait , que vous serez jugé.
Que déplorent au milieu des flammes vengeresses les malheureuses victimes de la justice divine ? Elles s'y lamentent , en larmes de sang , de l'emploi , ou nul , ou mauvais de leur temps. Qu'y désirent-elles? L'objet de eurs vœux les plus ardents serait qu'il leur fût rendu
(i) Desideria occidunl pigram : nolaerunt enim qnidqaam manus ejas operari : tota die concupiscit , et dpsiderat. Prov. 21 ; 25, 26.
(2) Usquequo , piger , dorinies ? Qnando consurges e sorano tuo ? Prov. 649.
(3) Yocavit adversuni nie tempas. Thren. i ; i5.
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une petite portion de ce temps dont vous jouissez. Vains désirs ! Souhaits qui ne peuvent plus être exaucés I Une fois terminé , le temps ne recommence plus. Hâtez- vous donc , c'est l'Esprit saint qui , pour votre instruction, tire cette conclusion , hâtez - vous de faire le bien , pendant que vous en avez encore le temps (1). Hâtez -vous de faire avant votre mort tout ce que vos mains peuvent opérer : car il n'y aura plus de travail , ni de l'esprit , ni du corps , dans les enfers vers lesquels vous marchez à grands pas (2). Et le divin Sauveur lui-même ne cessait de s'occuper de l'œuvre pour laquelle il avait été envoyé, tant que le jour luisait sur lui : parce que la nuit approchait dans laquelle personne ne peut travailler (3). Nous nous avançons tous vers l'heure fatale qui doit être la dernière. Lorsqu'elle sonnera pour nous , quelles seront nos idées sur la dissipation que nous auront faite de toutes les précédentes ? Je le vois s'approcher , tout m'avertit qu'il ne peut être bien éloigné pour moi cet instant fatal , limite du temps et de l'éternité , qui clora l'ordre actuel des choses , et en ouvrira un nouveau. Avec quelle amertume alors , ô mon Dieu , ramenant n^a pensée sur les années écoulées , je préviendrai dans mon esprit le jugement , que l'instant d'après vous allez rendre sur moi (4). Tous les jours de ma vie venant alors se retracer en même temps à ma mémoire , quelle affreuse perspective ils me présenteront I D'un côté , quel vide effrayant ! Combien d'âmes perdues dans une funeste oisiveté , ou consumées dans de frivoles dissipations I De l'autre ,
(i) Ergo dum tempus habemus operemur bonam. Galat. 6; lo.
(2) Quodcumque facere potest manus taa, instanter operare : qaia nec opns , nec ratio , nec sapientia , nec scienfia, eront apud inferos , qao ta properas. Eccl. 9; 10.
Ante obitum tuum operare jnstîtiam : quoniam non est apud inferos invetiire cibam. Eccli. 14 ; 17.
(3) Me oportet operari opéra ejus qni misit me, donec dies est. "Venit nos , quando nemo potest operari. Joan. 9; 4.
(4)Recogitabo tibi oranesannos naeos in amaritadine anini* nue. /.«. 38; :5.
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combien peu de moments pleins , et employés à d'utiles occupations I Et voilà , Dieu juste , Dieu sévère , tout ce que j'ai à porter devant votre redoutable tribunal. Yoilà sur quoi vous allez , tout à l'heure , dans cet instant même , méjuger.
C'est maintenant , c'est pendant que nous sommes pleins de vie , qu'il nous faut faire ces profondes réflexions. Aujourd'hui elles nous seront salutaires ; à notre dernier moment elles ne seront plus que menaçantes. Aujourd'hui elles pourraient être la source de nos espérances ; alors elles seront le principe de notre désespoir. Aujourd'hui elles peuvent nous remettre sur le chemin du Paradis ; alors elles seront l'anticipation de l'enfer. Conservez donc avec un soin attentif , l'Esprit saint vous le recommande, ce don si précieux du temps (1). INe vous laissez pas priver du bien qu'il doit vous apporter un jour ; craignez d'en prendre même une petite partie (2) Hâtez-vous, tandis que vous le pouvez encore, de rendre par d'utiles occupations , ce que vous devez , à la religion qui vous le prescrit , et à la société à laquelle vous en êtes redevable.