‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 174 sur 281 · XXII. L'oisiveté amène l'ennui · texte numérisé non relu

XXII. L'oisiveté amène l'ennui

Je demande à tous ces hommes livrés à l'oisiveté, quel est donc leur objet? Ils imaginent y trouver le bonheur, qu'ils attachent à la tranquillité, au repos, au calme. Les malheureux I ils s'abusent ; la tranquillité n'est ' point rinertie : le repos n'est point le désœuvrement: le calme n'est pas l'apathie. Ils cherchent le bonheur dans l'oisiveté : un malheur les y attend, que leur inexpérience n'a pas prévu. L'ennui va les saisir, et devenir le tourment de toute leur vie. Tandis que le juste dont tous les moments sont remplis d'utiles occupations, n'est jamais plus heureux qu'avec lui-même, Ihomme oisif ne peut supporter le vide de la solitude. Vous le voyez sans cesse agité , et jamais satisfait, promener de tous côtés son inutilité et souvent rendre son existence aussi à charge aux autres^ qu'elle est onéreuse à lui-même. Vains efforts pour fuir l'ennui , qui successivement l'entraîne et le chasse. Partout il le retrouve, parce que partout il porte son inoccupation. L'ennui le poursuit jusque dans ces jeux, dans ces spectacles, dans ces fêtes, où il avait espéré s'en délivrer : il lui rend insipides, et à charge même, ses plus vifs plaisirs. Leur jouissance a un terme ; et moins elle est modérée, plus ce terme est prochain. Leur continuité dégoûte, leur variété lasse. A force de s'y livrer, on finit par en contracter le besoin et en perdre le goût : et de degrés en degrés on tombe dans le triste état de ne pouvoir plus ni s'en passer, ni en jouir. Providence de mon Dieu , je reconnais à ce trait, tout à la fois, et votre justice suprême, et votre infinie miséricorde. Vous avez voulu que l'oisif trouvât, dans son désœuvrement, un châtiment, mais un châtiment paternel, qui, en punissant sa faute, l'invitât encore à la réparer. Ainsi, et dans les mêmes vues, vous

SUR l'oisiveté. ^ 309

avez placé dans la conscience de l'homme coupable la première peine de son péché. L'ennui est le remords de l'oisiveté.

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