‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 176 sur 281 · I. Différence entre le pèche mortel et le véniel · texte numérisé non relu

I. Différence entre le pèche mortel et le véniel

De même que le corps humain, outre la mort qui anéantit en lui tout principe vital, et le rend incapable de toute action, est exposé à des maladies qui altèrent ses humeurs sans les détruire, et qui ne le précipitant pas dans le tombeau, le jettent dans la langueur : de même Tàme humaine est sujette à deux espèces de maux , qui sont ses péchés ; les uns appelés mortels, parce qu'ils lui font perdre la vie de la grâce ; et les autres qui , ne détruisant pas absolument la charité habituelle, Talfaiblisseiit plus ou moins, et sont appelés véniels. L'àme coupable des premiers est dans un état de mort, et impuissante à toute action méritoire : celle qui n'est chargée que des seconds , ressemble à Thomme qui, n'ayant pas une bonne santé, et portant en lui une infirmité, continue cependant ses fonctions ordinaires, et ne cesse pas d'agir.

Pour qu'une faute s'élève au degré de mahce qui la rend mortelle, tous les docteurs enseignent qu'elle doit réimir deux conditions ; du côté de l'objet, la grièveté de la matière ; du côté du sujet la plénitude du consentement. Lorsque la matière du péché est légère, tant que le pécheur n'y a pas entièrement consenti, la faute reste dans la classe de celles qui ne sont que vénielles. Mais cette règle pour discerner le genre des divers péchés, toute juste qu'elle est dans le principe , est souvent in-

certaine dans l'application. La matière peut être plus ou inoins grave, le consentement plus ou moins formel. Il est d'autant plus impossible de fixer la mesure, soit de l'une, soit de l'autre „ nécessaire pour rendre mortel le péché, qu'elle dépend d'une multitude de circonstances qui changent la nature de la faute. L'action qui, dans tel temps, dans tel lieu, dans telle personne, ne serait que légèrement coupable, serait même peut-être innocente, peut, dans d'autres temps, d'autres lieux, d'autres personnes, être un véritable crime.

Le péché mortel et le péché véniel diffèrent entre eux spécialement par leurs suites. L'un attire la haine de Dieu, l'autre diminue son amitié. L'un bannit du cœur le Saint-Esprit, l'autre l'y contrisle. L'un donne la mort à l'âme, l'autre lui fait des plaies. L'un éteint la charité, l'autre la refroidit. L'un prive de la béatitude, l'autre la retarde. L'un assujettit à la peine éternelle, l'autre soumet à des maux temporels.

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