‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 177 sur 281 · II. Deux sortes de péchés réniels · texte numérisé non relu

II. Deux sortes de péchés réniels

Ces manquements, moins importants et moins graves, ne sont pas à beaucoup près égaux entre eux. On en distingue spécialement deux espèces. Les uns sont des péchés commis volontairement, avec réflexion, de propos délibéré et par malice : les autres, beaucoup plus légers, échappent à l'ignorance, à l'inattention, à la faiblesse, et sont souvent des surprises plus que des infidélités. Il est moralement impossible d'éviter toutes ces fautes, apanages douloureux delà fragihté humaine (1). L'esprit trop prompt ne peut pas conserver une attention continuelle sur la chair qui est faible (2;. Il lui est

(i) In moltis offendimus omnes. Jac. 3; 8.

(a) Spiritas qaidem proniplus est, caro autem infirnaa. Matin. 29;

difficile de n'être pas quelquefois entraîné par ce poidi de matière qui l'oppresse ; de combattre continuellement ses passions, sans en éprouver quelque agitation de rester au milieu de ce tourbillon de poussière que le monde élève sans cesse autour de lui, sans en être quelque peu sali. Le plus sage des hommes demande que est l'homme qui peut se vanter de porter un cœur entièrement pur, et exempt de tout péché (1) : l'homnn selon le cœur de Dieu, prophète inspiré par lui, reconnaissant que si le Seigneur a égard aux péchés, nul mortel ne pourra soutenir sa présence, et qu'aucun n'est digne d'être justifié devant lui, le conjure de ne pas entrer en jugement avec son serviteur (2). Et l'apôtre chéri déclare que, si nous prétendons n'avoir point de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est pas en nous (3). Elles sont soumises elles-mêmes à cette fatale destinée, tant qu'elles habitent ce corps de péché, les âmes justes que nous révérons, et dont nous admirons la sainteté (4). Tendant sans cesse à la perfection, elles éprouvent la douleur de ne pouvoir l'atteindre : et, tandis que leurs âmes semblent déjà appartenir au ciel par la sublimité de leurs vertus, elles sentent qu'elles tiennent encore à la terre par de déplorables faiblesses. Les astres mêmes qui brillent au-dessus du firmament, ces purs esprits qui environnent le trône de Dieu, ne sont pas sans tache à ses yeux, et jusque dans eux, il aperçoit des imperfections. Quelles doivent être les nôtres, malheureux que nous sommes, attachés à des

(i) Qais potest diceie : lunndum est cor meum, puros sum a peccalo ? Prov. 20 ; 9.

(2) Si iniquitates observaveris, Domine, Domine, quis sastinebit ? Ps. 129; 3.

Non inties in jndiciam cum seivo tuo, Domine, quia non juslificabitar in cunspecta tno omnis vivens. Ps. 142 ; 2.

(3) Si dixerinms (laouiam peccatum non habemus, ipsi nos seducinnis, et veritas in nobis non est. i Jodn. i ; 8.

(4J Non est homo justas in terra , qui faciat bonum,etnon peccet. Eccl. 7 ; 21.

corps de boue et de corruption (1) ? Dieu permet que les âmes les plus fidèles soient sujettes à des imperfections ; mais c'est pour les perfectionner davantage. Ces fautes légères entretiennent l'humilité, par le sentiment renouvelé de leur faiblesse ; excitent leur vigilance, par le besoin de se tenir sans cesse en défense ; et en leur inspirant le dégoût de cet exil, les font soupirer vers leur délivrance. Si le juste tombe dans quelques manquements, parce qu'il est homme, il s'en relève aussitôt, parce qu'il est juste (2). Le moment où il commet quelque négligence, la voit expiée par ses regrets, effacée par ses bonnes œuvres. C'est le bâtiment continuellement réparé qui ne se dégrade jamais.

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