‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 184 sur 281 · X. Le péchJ véniel exalte les passions · texte numérisé non relu

X. Le péchJ véniel exalte les passions

Ce qui doit spécialement nous faire redouter le péch véniel, réveiller notre attention à n'en pas commettreJ prendre d'exactes précautions pour n'y pas retomberJ c'est que tout péché volontaire, produit d'abord par une passion, l'excite ensuite et la fortifie. Après en avoir été l'effet, il devient la cause de ses progrès. Les pas^ sions sont du nombre de ces tyrans dévastateurs du monde, qui, nés pour rester dans la sujétion , abusent avec immodération de l'empire qu'ils sont parvenus à usurper ; dont l'ambition s'exalte à mesure qu'il se satisfait ; et qui , plus on leur rend , plus ils exigent. Toute indulgence pour les passions les rend plus indomptables; tout ce qu'on leur accorde est un aliment qui les entretient et accroît leur funeste ardeur. C'est du soufre que l'on apporte au feu de la concupiscence.* Dans des cœurs aussi combustibles que les nôtres, nou|| devons craindre de jeter quoi que ce soit qui puisse fa-| voriser l'incendie. Ce péché vous paraît léger : le senti-j ment qui vous l'a inspiré ne l'est pas. Devenu par son premier succès plus vif et plus fort, et tant que vous ne l'aurez pas réprimé, allant toujours en croissant, il vous entraînera sans cesse à des fautes de plus en plus graves., Les passions sont des ennemis avec lesquels il n'y a; aucun traité à faire, à qui il ne faut accorder aucune capitulation, pour qui le moindre ménagement est un triomphe, et qui , si nous ne les tenons en asservissement, nous y réduisent bientôt nous-mêmes. Peut-on raisonnablement se flatter de résister à leurs violentes attaques, si on porte à ce combat un cœur amolli par leurs séductions , affaibli par ses premières défaites ? Peut-on imaginer que , enhardies et fortifiées par tout ce qu'elles auront conquis, elles resteront calmes et tranquilles en présence des objets les plus propres à les exciter ?

Page 1