‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 193 sur 281 · XX.JI. Moyens de se retirer de la tiédear · texte numérisé non relu

XX.JI. Moyens de se retirer de la tiédear

Mais est-ce qu'à cette terrible maladie de l'âme il n'y aurait aucun remède? Nous abandonnerons-nous à la désespérante pensée de voir indubitablement périr nos frères qui en sont attaqués ? Non sans doute. Les ressources de la miséricorde sont infinies , et toujours présentes. Il est difficile , mais non impossible , de se retirer de la tiédeur. Les exemples en sont rares , mais on en a vu quelques-uns. Comme le Seigneur fait consister le vice de la tiédeur dans laquelle est tombé l'évêque de Laodicée , dans son aveuglement , dans sa nudité , dans son indigence ; il lui indique pour l'en retirer , trois moyens qui y sont opposés ; d'oindre ses yeux d'un collyre , pour voir et connaître son état ; de couvrir sa nudité de vêtements blancs , symbole de l'innocence , qui n'admet aucune tache ; d'acquérir de lui de l'or éprouvé au feu , emblème de la ferveur échauffée , épurée au feu sacré de la charité (1). O vous donc , à qui les exhortations de

(i) Suadeo tibi eraere a nie auram ignitam , purgatum, ut iocnples

la chaire évangélique , les conseils d'un directeur éclairé, vos propres réflexions , et surtout les rayons de la grâce ont dessillé les yeux sur le bord du précipice , où vous couriez en aveugles , pour vous en éloigner , pour vous retirer de cet affreux danger , commencez par rechercher avec soin , par examiner avec attention ce qui vous y a entraîné. Le moyen de guérison le plus efficace est de remonter à la cause du mal. C'est là qu'il faut appliquer le remède. Souviens-toi , dit le Seigneur à un évèque qui s'était relâché de sa charité primitive , souviens-toi d'où tu es tombé : fais pénitence , et reprends tes anciennes œuvres (1). En considérant le principe de votre décadence , vous le trouverez sûrement dans le mépris des choses moindres que l'ennemi du salut a eu l'art de vous inspirer ; mépris des devoirs moins importants , des pratiques moins nécessaires qui vous les a fait négliger ; mépris des offenses moins graves , qui vous les a fait commettre. Comment auriez-vous conservé la vie de la foi , en la privant de son aliment ? Comment ne se serait pas évanouie votre ferveur , quand vous ne faisiez rien pour l'entretenir? Pour relever notre âme abattue de cette funeste langueur , prenons les moyens contraires à ceux qui nous en ont accablés. Considérons toutes nos actions dans Dieu , qui en est le principe , qui doit en être l'objet , qui en sera la récompense. Agrandies de leur motif et de leur fin , elles ne seront plus petites à nos yeux. Que cette spéculation nous conduise à la pratique. Les exercices dont la cessation fit l'époque de notre refroidissement , reprenons-les avec fidélité , soutenons-les avec exactitude. Ceux que nous n'avons pas absolument omis, mais dont nous nous sommes acquittés avec une répré-

lias, et vestiraentis albis induaris, et non appareat confnsio nuditatis luae et collyrio inunge oculos tuos. Apoc. 3; i8.

(i) Habeo adversuin te quod charitatem tuain primam reliquisti. Memor esto itaque unde excideris, et âge pœnitentiamet prima opéra fac. Apoc. 2 ; 4, 5,

hensible négligence, ranimons-les par un renouvellement de ferveur. Pour marcher avec sûreté , avec fermeté , avec persévérancedans les voies de Dieu , il faut de toute nécessité se livrer à lui sans réserve. Celui qui le craint véritablement ne néglige rien (1). Ne négligeons donc, c'est le précepte du grand apôtre, aucun point de la loi divine (2). Pour remplir constamment les grands devoirs, acquittons-nous religieusement des plus petits. Faisonsnous du souvenir de nos fautes un motif de les réparer ; du sentiment de notre faiblesse un encouragement à nous fortifier. Dépouillons-nous , c'est encore l'apôtre qui nous le recommande , dépouillons - nous de ce vieil homme , selon lequel nous avons vécu dans l'erreur de nos désirs corrupteurs ; et renouvelé dans l'intérieur de notre âme , revètons-nous de l'homme nouveau , qui a été créé selon Dieu, dans une justice et une sainteté véritables (3).

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