‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 198 sur 281 · V. Principes de saint Paul sur le dcair de plaire au luonde · texte numérisé non relu

V. Principes de saint Paul sur le dcair de plaire au luonde

La charité que nous devons au prochain nous ordonne de travailler à lui plaire, mais la plus sublime des vertus ne peut pas prescrire des complaisances criminelles. Ecoutons sur ce point la doctrine de l'apôtre des nations.

Que chacun de vous , dit -il aux Romains , plaise à soi prochain dans le bien , et pour l'édification (1). Et cependant il dit aux Galates : Si je plaisais aux hommes, je ne serais pas le serviteur de Jésus-Christ (2). Quoi donc I un si grand docteur pourrait-il se trouver contraire à lui-même? Aurait-il dans divers temps enseigné des maximes coutraditoires ? Loin de nous une pensée aussi déraisonnable qu'injurieuse. L'Esprit saint, qui l'inspirait, le garantissait de toute inconséquence. Mais dans ces deux épîtres il parle de deux choses absolument difïérentes. Ici il recommande une manière de plaire au prochain : là il en réprouve une autre. Il nous apprend qu'il y en a une louable et une vicieuse. La différence entre les deux , le mérite de celle-là, le vice de celle-ci, se font clairement apercevoir dans leur principe et dans leurs moyens.

On peut plaire au prochain , pour lui , ou pour soi. On peut se proposer le bien de ceux à qui on est agréable , ou son propre avantage. Ainsi , en travaillant à plaire , on peut avoir pour motif la charité, ou la vanité. Le premier de ces principes imprime à toutes les démarches qu'il inspire son caractère de pureté et de sainteté. Le second infecte toutes les actions auxquelles il engage. Saint Paul nous présente un modèle des complaisances très-étendues , auxquelles porte la charité : et ce modèle c'est lui-même. Quoiqu'il soit entièrement libre , il se fait le serviteur de tous : juif avec les juifs , gentil avec les gentils ; mais c'est pour les gagner tous à Dieu. Use montre faible avec les faibles ; mais c'est pour les acquérir à la foi : il se fait tout à tous : mais c'est pour les sauver. Tout ce qu'il fait, c'est pour l'Evangile , c'est pour con-

(i) Unnsquisque vestruin proxirao suo plareat in bonam , ad aedificationem. Rom. i5 ; i.

(2) An qaa;ro hominibns placera ? Si adhuc horainibns piacereni ^ Chriàli servus non essem. Galat. i : 10.

courir à sa propagation (1). A ces nobles motifs , je reconnais le zèle d'un apôtre. Mais la condescendance pour le prochain , dont on est soi-même le principe et le terme , où on a pour objet unique, soit d'obtenir des éloges, soit d'éviter des critiques , d'abord est mauvaise de sa nature , puisqu'elle émane d'un sentiment d'amour-propre : ensuite elle est funeste dans ses effets, parce qu'elle conduit naturellement à toutes les complaisances que pourra exiger le monde , dont on capte l'approbation.

Cherchez donc à plaire au monde ; cela vous est permis , cela vous est même recommandé , pourvu que ce soit par le motif que la religion présente , et aussi par les moyens qu'elle autorise. Dans les choses indiftérentes , prêtez-vous sans difficulté à ce que peuvent demander les usages , les habitudes , l'état , la situation , le caractère des personnes avec qui vous avez à vivre. Partagez , le même apôtre vous y exhorte , leurs joies et leurs chagrins ; entrez dans leurs sentiments (2) ; prévenez-les de vos égards (3). Ces convenances de la vie civile sont aussi des vertus de la vie chrétienne. Mais où l'intérêt de la religion commence , là est posée la borne de votre con descendance. Ne perdez pas la modération de votre caractère : mais ne la laissez pas dégénérer en une molle complaisance. Compatissez à la faiblesse de vos frères : mais ne la partagez pas. Plaignez leurs erreurs : mais ne

(i) Nam cum liber essem ex omnibus, omnium me servum feci, ut plures Incrifacerera ; et factus sum Judœis tanquam Judaeus, ut Jndaeos Incrarer ; iis qui sub lege sunt, quasi sub lege essem ( cum ipse non essem sub lege ) ut eus qui sub lege erant, lucrifacerem : iis qui sine lege erant, tanquara sine lege essem ( cam sine lege Dei non essem : sed in lege essem Christi),ut lucrifacerem eos qui sine lege erant. Factnssum infirmis infirmus, ut intirmos lucrifacerem. Omnibus omnia factus sum, ut omnes facerem salvos. Omnia autem facio propter evangelium, ut particeps ejus efficiar. i Cor. 9; ig ad iS.

(2) Gaudere cum gaudentibus : flere cum flentibus ; idipsum invicem sentientes. Rom. 12; i5, 16.

(3) Honore invicem prsevenientes. Ib. 10.

les excusez pas. Ayez pour leurs défauts une prudente tolérance: mais ne les imitez pas.- Parlez -leur avec douceur de leurs fautes : mais n'ayez jamais l'air de les approuver. Présentez-leur les principes sacrés sous une forme aimable : mais ne les affaiblissez pas. En adoucissant leur sévérité ne la dissimulez pas. Que votre air votre ton , vos manières , vos discours , vos actions , fassent chérir constamment la vertu ; mais ne vous fassent jamais soupçonner de vice. En un mot , pour rester homme de bien , ne rougissez jamais de le paraître ; et ne transportez pas sur la vertu la honte que la nature a attachée au vice.

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