‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 20 sur 281 · XXII. Et être accompagnée d'araonr de Dieu · texte numérisé non relu

XXII. Et être accompagnée d'araonr de Dieu

Nous disons enfin que l'Eglise n'a jamais décidé la question de savoir si la détestation des péchés, conçue par la seule crainte de leurs peines , est suffisante pour justifier dans le sacrement, ou s'il est nécessaire d'y joindre au moins un commencement d'amour de Dieu; et qu'il y a sur ce sujet partage d'opinions dans les écoles. Mais nous devons observer que , dans la pratique, cette diversité même de sentiment doit engager les pénitents à s'exciter de tout leur pouvoir à l'amour de Dieu. Ce serait, dans eux, le comble de l'imprudence d'exposer leur salut sur des opinions spéculatives. Le nautonnier se garde bien de conduire son navire par des passages dont la sûreté est contestée , quand il lui en est ouvert d'autres dont la sûreté est généralement reconnue. Et il est d'autant plus nécessaire de suivre, dans cette séparation de routes , celle qui est la plus sûre , qu'elle est en même temps celle qu'indiquent ^ et que regardent comme la seule qui mène à la justification , les docteurs les plus nombreux et les plus accrédités. Leur opinion est aussi la plus fondée sur l'enseignement du concile de Trente relativement à la justification. Enfin, à ne consulter même que les lumières naturelles , l'opi-

nion qui exige l'amour de Dieu , pour la réconciliation avec lui , est la plus conforme à notre raison. Est-il possible d'imaginer qu'on devienne l'ami de Dieu sans l'aimer ? Et , s'il est une occasion où le cœur doive ressentir cet amour , n'est-ce pas celle où Dieu daigne nous recevoir en grâce , et nous pardonner les offenses dont nous nous étions rendus coupables envers lui ? Quand nous éprouvons une maladie corporelle , nous ne nous contentons pas de faire disparaître les symptômes : nous remontons au principe du mal , pour y appliquer les remèdes contraires. Un amour désordonné pour les créatures nous fit criminels : c'est l'amour du Créateur qui doit nous rendre à la vertu. C'est à l'amour du bien suprême qu'il appartient de réparer le dérèglement de l'amour du mal essentiel.

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