VIII. Le respect humain est inexcnsable
Tout péché est un égarement de la raison : mais le péché du respect humain a cela de particulier , qu'il est un égarement connu , volontaire , et réfléchi. J'entends les autres coupables , pour atténuer leurs fautes , en proposer divers excuses que le pécheur de respect humain est dans l'impossibilité d'alléguer. Ceux-là prétextent l'ignorance du vice de leur action : celui-ci se rend pleinement ' témoignage que ce qu'il va faire est condamnable. D'autres se rejettent sur la violence de la passion, qui les a emportés : le respect humain n'est point une passion bouillante : ce n'est pas même une passion : c'est l'assujettissement aux passions d'autrui, et un assujettissement spontané , et de sang-froid. Il y en a qui se plaignent de l'attrait séducteur de l'occasion qui les a entraînés : c'est contre son propre attrait que pèche l'esclave du respect humain : il viole la loi que son penchant le porterait à observer ; ce qu'il désirerait d'être, il ne l'est pas : il est ce qu'il lui est pénible d'être. Le remords dans lui ne suit pas seulement le crime ; il le précède , et cependant il ne l'arrête pas.