XI. Vanité de raraitié du monde
Et qu'est-ce donc au fond que cette amitié du monde que vous ambitionnez si ardemment ? Difficile à acquérir , que de travaux elle va vous coûter I Facile à perdre, que de chagrins elle pourra un jour vous causer I Inutile au salut , quand vous Taurez obtenue et conservée , que vous en restera-t-il dans l'éternité ? Que vous importe l'approbation des hommes , si vous avez celle de Dieu ? Que vous importe d'être critiqué par eux , s'il vous justifie? Je compte pour rien , dit saint Paul, d'être jugé par les hommes : c'est Dieu qui doit me juger (1). Le beau sujet de terreur en eflet , qui vous agite , qui vous trouble , qui va jusqu'à vous corrompre I Ah I que les déchirements de leurs affreux supplices , que la perspective immédiate d'une mort cruelle aient arraché à des malheureux le désaveu de leur foi , je n'en suis pas étonné. Il fallait un courage plus qu'humain, pour résister à d'aussi terribles épreuves. En blâmant leur criminelle faiblesse , je me sens forcé de la déplorer. Mais vous , quel est le motif si imposant qui vous fait renoncer à votre religion , trahir votre conscience , abjurer votre Dieu? C'est la crainte de quelques jugements dont vous reconnaissez tout le faux ; de quelques vains discours , de quelques railleries légères , qui n'ont d'autre consistance que celle que vous leur donnez , d'autre effet que la crainte qu'ils vous inspirent.
Et encore , quels sont donc ceux dont l'approbation vous inspire cette puérile frayeur ? Sont-ce les hommes vertueux que le monde renferme , ceux que vous voyez assidus aux fonctions de leur état , fidèles à observer les préceptes de la loi sainte , attentifs à se garantir des sé-
(i) Mihi autem pro minimo est, nt a vobis judicer... Qui antem judicat me, Dominus est. r Cor. 6,- 3.
ductions mondaines ? Redoutez , j'y consens , je vous y exhorte même , redoutez le blâme de personnages de ce genre. Cette crainte sera raisonnable , et fondée sur des principes vrais ; elle sera utile , et vous engagera à des actions louables ; elle sera salutaire , et vous préservera des atteintes du péché. Mais non : ce qui vous effraie à ce point extrême , c'est la critique de quelques libertins de croyance ou de mœurs. La censure de tels hommes ferait au contraire votre éloge. Leur approbation donnera droit de suspecter votre vertu. Considérez votre inconséquence. Vous les connaissez vicieux , et vous voulez qu'ils vous croient semblable à eux. Vous ne les estimez pas , et vous briguez leur suffrage. Vou? méprisez leurs opinions , et vous laissez prendre à leurs opinions cette fatale influence sur votre sentiment, sur votre conscience.