‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 209 sur 281 · XVII. Possibilité de résister aux censures du monde · texte numérisé non relu

XVII. Possibilité de résister aux censures du monde

Vous vous sentez trop faible pour résister aux censures qu'attirerait votre piété. Je veux bien encore vous accorder que seul vous le seriez ; que malgré des motifs si puissants , si multipliés , de braver d'aussi méprisables critiques, votre raison , laissée à elle-même, n'en aurait pas la force. Mais ignorez-vous, oubliez-vous, comptez-vous pour rien l'assistance de Dieu ? Il vous a promis de ne pas vous laisser tenter au delà de votre pouvoir , mais de vous accorder dans la tentation un secours qui vous la fasse soutenir (1). De quoi pourriez- vous douter I Serait-ce de sa puissance ? Serait-ce de sa fidélité à tenir ses promesses ? Le Seigneur est mon aide , dit David , je ne crains point ce que les hommes peuvent me faire (2). Si Dieu est avec nous , dit saint Paul , que sont-ils ceux qui voudraient se déclarer contre nous (3) ? Et n'avez-

(i) Fidelis aatera Deus est, qui non patietur vos tentari supra id qnod polestis : sed facict etiam cum tentatione proventum, utpossitis sastinere. i Cor. lo; i3.

(2) Dominas mihi adjutor : non timebo quid faciat mihi homo. Ps. 117; 6.

(3) Si Deus pro nobis , quis contra nos.' Rom. 8; 3i.

VOUS pas déjà reçu de cette toute-puissante protection le gage le plus sacré, un gage divin? Lorsque l'eau du baptême coulait sur votre tète, le Saint-Esprit descendit dans vous , et en prit possession. Il y est descendu de nouveaulorsque l'onction sainte a été tracée sur votre front : et il vous a apporté l'abondance de ses dons. Cet Esprit vivificateur , que vous avez reçu dans les sacrements de la régénération et de la confirmation , n'est pas ( et il vous le déclare lui-même par la bouche de son apôtre) un esprit de faiblesse et de crainte : il est un esprit de courage et de force (1) : de courage , pour résister à toutes les attaques de tous les genres ; de force , pour en triompher. Gardez- vous (c'est encore lui qui vous en conjure par le même organe) , gardez-vous de contrister cet esprit divin , dont le sceau fut imprimé sur vous au jour de votre rédemption (2). Doutez-vous que ce ne soit le contrister , de rendre inutile tout ce qu'il daigne faire pour vous ; de refuser les grâces qu'il vous oifre ; de ravaler ses dons précieux , au point de leur préférer les frivoles , dangereuses et viles opinions du monde? Osez vous déclarer hautement pour lui , et sa vive lumière dissipant les ténèbres qui vous offusquent , vous verrez les jugements humains , non tels que vous les présente le brouillard qui les enveloppe , mais tels qu'ils sont en effet. Vous les verrez non plus , comme actuellement , grossis par le cristal épais que le monde a mis devant vos yeux , et qui en fait des monstres à vos regards ; mais réduits à leur véritable et très-petite mesure. Et tous ces vains discours des hommes pervers , qui vous effraient tant aujourd'hui , ne vous feront pas plus d'impression que le vain bourdonnement d'insectes incapables de nuire.

(i) Non enini dédit nobis Deus spirilum timoris , sed virtutis. 2 Timoth. I ; 7.

(2) Et nolite contristare Spiritum sanctum Dei in quo signali estis Jndiem redemptionis. Ephes, 4 ; 3o.

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