XVII. Possibilité de résister aux censures du monde
Vous vous sentez trop faible pour résister aux censures qu'attirerait votre piété. Je veux bien encore vous accorder que seul vous le seriez ; que malgré des motifs si puissants , si multipliés , de braver d'aussi méprisables critiques, votre raison , laissée à elle-même, n'en aurait pas la force. Mais ignorez-vous, oubliez-vous, comptez-vous pour rien l'assistance de Dieu ? Il vous a promis de ne pas vous laisser tenter au delà de votre pouvoir , mais de vous accorder dans la tentation un secours qui vous la fasse soutenir (1). De quoi pourriez- vous douter I Serait-ce de sa puissance ? Serait-ce de sa fidélité à tenir ses promesses ? Le Seigneur est mon aide , dit David , je ne crains point ce que les hommes peuvent me faire (2). Si Dieu est avec nous , dit saint Paul , que sont-ils ceux qui voudraient se déclarer contre nous (3) ? Et n'avez-
(i) Fidelis aatera Deus est, qui non patietur vos tentari supra id qnod polestis : sed facict etiam cum tentatione proventum, utpossitis sastinere. i Cor. lo; i3.
(2) Dominas mihi adjutor : non timebo quid faciat mihi homo. Ps. 117; 6.
(3) Si Deus pro nobis , quis contra nos.' Rom. 8; 3i.
VOUS pas déjà reçu de cette toute-puissante protection le gage le plus sacré, un gage divin? Lorsque l'eau du baptême coulait sur votre tète, le Saint-Esprit descendit dans vous , et en prit possession. Il y est descendu de nouveaulorsque l'onction sainte a été tracée sur votre front : et il vous a apporté l'abondance de ses dons. Cet Esprit vivificateur , que vous avez reçu dans les sacrements de la régénération et de la confirmation , n'est pas ( et il vous le déclare lui-même par la bouche de son apôtre) un esprit de faiblesse et de crainte : il est un esprit de courage et de force (1) : de courage , pour résister à toutes les attaques de tous les genres ; de force , pour en triompher. Gardez- vous (c'est encore lui qui vous en conjure par le même organe) , gardez-vous de contrister cet esprit divin , dont le sceau fut imprimé sur vous au jour de votre rédemption (2). Doutez-vous que ce ne soit le contrister , de rendre inutile tout ce qu'il daigne faire pour vous ; de refuser les grâces qu'il vous oifre ; de ravaler ses dons précieux , au point de leur préférer les frivoles , dangereuses et viles opinions du monde? Osez vous déclarer hautement pour lui , et sa vive lumière dissipant les ténèbres qui vous offusquent , vous verrez les jugements humains , non tels que vous les présente le brouillard qui les enveloppe , mais tels qu'ils sont en effet. Vous les verrez non plus , comme actuellement , grossis par le cristal épais que le monde a mis devant vos yeux , et qui en fait des monstres à vos regards ; mais réduits à leur véritable et très-petite mesure. Et tous ces vains discours des hommes pervers , qui vous effraient tant aujourd'hui , ne vous feront pas plus d'impression que le vain bourdonnement d'insectes incapables de nuire.
(i) Non enini dédit nobis Deus spirilum timoris , sed virtutis. 2 Timoth. I ; 7.
(2) Et nolite contristare Spiritum sanctum Dei in quo signali estis Jndiem redemptionis. Ephes, 4 ; 3o.