I. Notion du scandale
Il est assez commun dans le monde de se former une idée fausse du péché de scandale. Ce titre de scandaleux présente ordinairement à l'esprit des profanateurs sacrilèges des choses saintes, des blasphémateurs exécrables du saint nom de Dieu ; des professeurs impies d'irréligion ; des fanfarons audacieux de libertinage, et en général tous ceux qui professent hautement et qui affichent solennellement leurs péchés de scandale, par ignorance de sa vraie nature. Le mot scandale, dans son acception primitive, signifie une pierre, ou tout autre obstacle qui, placé dans le chemin, fait tomber les passants. Dans le langage actuel détourné de sa signification originaire à un sens métaphorique, ce mot exprime ce qui dans la route du salut, est un obstacle à ceux qui la parcourent. Saint Thomas, et après lui toute l'école, définissent le scandale, une parole ou une action qui n'a pas la rectitude convenable et qui donne au prochain une occasion de ruine spirituelle. Cette notion montre qu'il existe une multitude de manières de donner le scandale. On peut les rapport^^r à deux classes différentes : scandale de paroles, scandale d'actions. Il serait impossible de rapporter tous les scandales, soit de l'un, soit de l'autre genre, qu'on peut donner à ses frères. Contentons-nous d'en présenter quelques exemples. Un discours contre la religion, un doute semé sur la foi, une raillerie sur la piété ou sur ceux qui la pratiquent, un mauvais conseil donné, une insinuation dangereuse proposée, un propos ob-
scène ou équivoque lâché, une calomnie ou une médisance répandue, sont des scandales de paroles. Un livre corrupteur prêté, une peinture lascive exposée, une parure immodeste étalée, une occasion de péché présentée, une violence excercée pour faire commettre le mal, voilà des scandales d'action.