II. L'acte scandalenx n'est pas toujours un pèche moriel
Si tous les scandaleux étaient des pécheurs manifestes, couverts d'opprobre, faisant trophée de leurs exemples dangereux et de leurs suggestions perfides, et ne portant la figure d'hommes qu'à la honte de l'humanité ; s'ils étaient des usurpateurs publics comme un Achab, des schismatiques publics comme un Jéroboam, des persécuteurs publics comme un Antiochus, des profanateurs pubUcs comme un Jason, des libertins publics comme les fils d^Héli, des incestueux publics comme Hérode, des femmes publiquement dissolues comme Jézabel, il serait moins nécessaire d'élever la voix contre ce vice. L'indignation, l'horreur universelle pourrait en faire une justice éclatante, et suffire pour en détourner un grand nombre de personnes. Mais ce n'est pas contre les rochers dont la haute élévation menace les mers que le nautonnier doit principalement se précautionner. C'est surtout des écueils cachés sous la surface des eaux qu'il doit se garantir. Telle est la funeste nature du péché de scandale que, pour en charger sa conscience, non seulement il n'est pas nécessaire de se rendre publiquement criminel, mais que les péchés les plus légers peuvent en être la matière ; qu'on le commet sans en avoir l'intention, même quelquefois en faisant ce qui n'est pas défendu par la loi. Sujet profond et terrible de nos méditations, que le péché le plus dangereux soit en même temps le plus facile à commettre ; qu'avec tant de suites désastreuses, quand on a eu le malheur d'y tomber, tant de soins soient nécessaires pour s'en préserver I