XX.V. 2. Surnatnrelle
La contrition doit être surnaturelle , et elle doit l'être de trois manières. D'abord , dans son principe , elle est un don de Dieu , une grâce infuse dans nos cœurs ; ensuite dans sa fin , venant de Dieu , elle doit se rapporter à lui ; détester le péché, le regretter comme une offense faite à sa majesté suprême : enfin dans ses motifs , il faut qu'elle soit conçue par ceux que la foi nous présente , et non par les maux temporels qu'attire le péché. C'est surtout à cette dernière marque , c'est aux motifs qui nous animent , que nous pouvons reconnaître si notre
(i) Non oinnisqui dicit mihi, Domine, Domine, intrabit in regnum cœlorura. },'atch. •] ; ii.
(2) Populus liio labiis me honorât : cor autem eorum longe est a me. Matth. i5; 8.
(3) Redite praevaricatores ad cor. Is. 46; 8.
(4) Revertiniini sicut in profundum recesseratis, lilii Israël. Is. 3 1 ; 6.
(5) Miseri estote, et lagete, et plorate : risas vester in lactum convertatar, et gaudiom in mœrorem. Jac. 4; 9.
SDR LA PÉNITENCE. 31
contrition est véritablement surnaturelle. Saint Paul nous fait clairement sentir la nécessité d'une contrition surnaturelle , et sa différence avec une douleur naturelle , quand il distingue deux sortes de tristesse : l'une selon Dieu, qui opère la vraie pénitence, et procure le salut ; l'autre selon le monde , laquelle donne la mort ; et lorsqu'il déclare à ses chers disciples de Corinthe , que , s'il les a affligés selon Dieu , c'était pour opérer en eux tous les effets d'une sincère pénitence (l). Ce n'est pas s'affliger selon Dieu des offenses commises envers lui, que d'être fâché des maux qu'elles ont attirés. Combien de fois un joueur réduit à la misère détesta-t-il sa fatale passion I Combien de libertins et d'intempérants ont gémi des infirmités que leurs vices avaient engendrées I Ce n'étaient pas leurs péchés qui les peinaient. Ils n'étaient pas touchés de la dolileur d'avoir offensé Dieu , ils s'affligeaient de la perte de leur fortune , ou de leur santé. Dieu doit-il le pardon, peut-on imaginer qu'il l'accorde à des regrets dont il n'est pas l'objet , et qui lui sont absolument étrangers?
Nous devons cependant reconnaître que , si la considération des maux temporels n'est pas suffisante , il est en notre pouvoir de nous la rendre utile. La douleur qu'elle inspire n'est pas la contrition , mais peut la faire naître. Elle est une route qui y conduit ; mais il ne faut pas s'y arrêter. Les adversités de ce monde sont des grâces de Dieu , des moyens par lesquels il nous rappelle à lui. Il nous sépare de ces biens frivoles où nous avions cherché un criminel bonheur , pour nous en faire sentir la vanité ; pour nous faire connaître , désirer, goûter le bien suprême. Nos revers sont, dans ses vues bienfaisantes , les préparatifs de notre conversion. Ce sont des
(i) Qoae secandum Deam tristitia e^t, pœnitentiam in salatera stabilem oporatnr : seculi aatem tristitia mortem operatnr. Ecce enim hoc ipsuni secnnduin Deam contristari vos, qnantam in vobis operatur sollicitudinem : sed defensionem, sed indignationein, sed tiraorem, sed desideriurn, sed scnmlationem , sed viiidictam. -x Cor. 7: 10, ir.
remèdes amers , mais salutaires qu'il nous présente. Au lieu de les rejeter avec dégoût, si nous les prenons avec reconnaissance, ils nous rendront la santé. Il nous le déclare lui-même : ceux qu'il aime , il les châtie , afin qu'ils fassent pénitence (1). Ses punitions temporelles sont des bienfaits de sa miséricorde (2). Yous m'avez châtié, dit Jérémie , et j'ai été instruit comme un jeune cheval indompté ; car dès que j'ai ressenti vos châtiments, je me suis converti (3). Et le même prophète déplore , comme le comble des maux de son peuple , que les fléaux dont le Seigneur l'a frappé , n'aient point opéré sa conversion (4) Les livres saints nous présentent des exemples de deux genres , et de sincères contritions, et de regrets inefficaces causés par des maux temporels. Les Ninivites ont entendu la menace que Dieu leur a intimée par son prophète , de les détruire dans quarante jours. Ils se couvrent de sac et de cilice, élèvent vers le Seigneur leurs voix pénitentes , et déplorent leurs iniquités. Témoin de la sincérité de leur repentir, Dieu étend sur eux sa miséricorde , et rétracte la sentence qu'il avait prononcée (5). JManassès a été un modèle d'impiété, un monstre de cruauté. Chassé de son trône, en punition de ses crimes , et renfermé dans une étroite prison, il s'humilie sous la main qui le châtie, l'adore du fond du cœur , fait de tous ses forfaits une vive pénitence , et , par sa douleur sincère , obtient , non-
(i) Ego quos amo arguo et castigo. j^Emulare ergo et pœnitentiam âge. Apoc. 3 ; 19.
(2) Secundum misericordiam saam, sic correptio illias. Eccli. i6; i3.
(3) Castigasti me, et factns sum quasi juvencuins indomitus... Postquaiu enira castigasti me, egi pœnitentiam. Jerem. 3i; 19.
(4) Percussisti eos, et non doluerunt : attrivisti eos , et nolnemnt accipere disciplinam. Induraverunt faciera suam super petram, et noluerant revcrti. Jerem. 5; 3.
(5") Et vidit Deas opéra eorum quia conversi snnt de via sua mala: et misertus est Deus super malitiara quam loculus fuerat ut facerel eis, et non fecit. Jonas. 3 ; i o.
seulement son pardon , mais encore son rétablissement dans son autorité (1). Au contraire, Esaù regrettant la bénédiction qui le prive de l'béritage paternel , et non les fautes qui lui ont mérité de la perdre , ne fait point, malgré ses larmes, une véritable pénitence (2). EtAntiochus, périssant misérablement, implore en vain une miséricorde qu'il n'obtiendra point ; parce que c'est la perte de sa vie, et non ses offenses envers Dieu , qu'il déplore (3).