‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 239 sur 281 · VI. Effet de la mauvaise éducation pour les enfants · texte numérisé non relu

VI. Effet de la mauvaise éducation pour les enfants

C'est une maxime très-ancienne, consacrée par l'Esprit saint: la voie qu'aura suivie le jeune homme ,il ne s'en écartera pas, même dans sa vieillesse (1). Ainsi son salut, ou sa damnation dépend de la route où vous l'aurez placé. Elevé chrétiennement , il est difficile qu'il ne se sauve pas ; dépourvu d'éducation , il est plus difficile encore qu'il se sauve. Il ne faut pas se le dissimuler : c'est la mauvaise éducation qui peuple la terre de criminels , et l'enfer de réprouvés. Un jeune homme entrant dans le monde , sans une éducation chrétienne qui le prémunisse contre les dangers du monde , est un vaisseau lancé dans la mer , sans pilote pour le conduire, sans boussole pour le diriger. Jouet de tous les vents , ballotté par tous les flots , il ira se heurter contre tous les écueils , jusqu'à ce que , entr'ouvert de tous côtés , il finisse par se perdre dans l'abime. Parents infortunés , parce que vous fûtes coupables , je vous vois désolés des écarts, des désordres, peut-être des crimes dans lesquels sont tombés vos enfants. Je vous entends dans votre profonde douleur , déplorer , comme Rébecca , le malheur d'avoir engendré. Ah I ce n'est pas à eux que vous devez vous en prendre , c'est à vous-même. C'est l'éducation que vous leur avez donnée qui les a conduits aux excès dont maintenant vous êtes affligés. Vous avez vu naître , dans leurs cœurs, le germe des passions, et, au lieu de l'étouffer, vous l'avez laissé se développer. Que sais-je même si vous ne l'avez pas favorisé ? Père trop facile , vous avez ri des premières saillies de ces passions , dont l'emportement fait aujourd'hui votre désespoir. Les premières étincelles de ce feu , au lieu de vous alarmer, vous ont paru agréa-

(i) Proverbiura est: Adolebcens juxta viam suam, etiani cuiu eenuerit, non recéder ab ea. Prov. "il ; 6.

bles. Reprochez-vous à vous-même de n'avoir pas arrêté , dans son principe , l'incendie qui maintenant dévore votre maison , et , quand vous voyez votre fils ruiner sa fortune par le jeu , sa santé par le libertinage, peut-être son honneur par des bassesses , souvenez-vous du temps où il était en votre pouvoir de prévenir ces malheurs. Mère trop indulgente , vous pleurez de voir votre fille devenue , par une faute honteuse , la fable du public. Cette faute est la vôtre , autant , et plus que la sienne. Quel autre effet pouvaient produire les assemblées , les bals , les spectacles^ que vous lui avez fait fréquenter; ie goût de la parure que vous lui avez communiqué ; le désir de plaire que vous lui avez inspiré ; le ton léger que vous lui avez laissé prendre ; les liaisons que vous avez souffertes ; les romans que vous lui avez permis de lire ; les maximes mondaines dont nous l'avons entrenue I

Quand nous considérons d'une part , combien sont communes les mauvaises éducations ; de l'autre , combien sont multipliés les vices , pouvons-nous ne pas reconnaître la correspondance intime , naturelle et comme nécessaire , entre la cause et l'effet ? de cette source empoisonnée est venue l'inondation infecte de désordres , sous laquelle la terre croupit. Elle va partir de ces éducations vicieuses , pour aller se répandre dans toutes les parties de la société , cette jeunesse déjà imbue de la perversion , impatiente de développer les germes de corruption qu'elle a reçus dans son sein. Des êtres dénués de principes , vides de connaissances, dépourvus de vertus , livrés à toutes les passions ; voilà de qui seront composés les divers états , à qui seront confiés les divers postes , par qui seront remplis les divers emplois. Que de malheurs ils vont tranier à leur suite! Malheur aux sociétés dans lesquelles ils vivront. Malheur aux femmes dont ils seront les époux. Malheur aux peuples dont ils deviendront les juges. Malheur aux cités dont on les fera administrateurs. Malheur aux troupeaux dont ils seront institués pasteurs. Malheur surtout , malheur épouvan-

table aux enfants dont , à leur tour, ils seront devenus les pères. Ils ne leur donneront pas plus d'éducation qu'ils n'en ont reçu. Ils les feront ce que vous les avez faits eux-mêmes. Voyez se prolonger, jusque dans un avenir lointain , les suites funestes de la vicieuse éducation de votre fils. Voyez les inclinations perverses , les passions , les vices que vous lui aurez laissé contracter , passer de génération en génération , se perpétuer dans les enfants de vos enfants, et aller infecter toute votre postérité.

Mais souvent il n'est pas nécessaire d'aller chercher si loin les déplorables effets d'une éducation manquée. Peut-être le moment est-il très-prochain , où vous recueillerez les fruits amers de votre mauvaise culture. Dieu ne trouble pas toujours la prospérité des méchants. Si on en voit , à qui il laisse , dans les profonds conseils de sa sagesse , ou plutôt dans les vues redoutables de sa justice , une longue jouissance de leurs désordres : il est vrai en même temps qu'il est des vices auxquels il a attaché , dès ce monde , leur châtiment. Il ne daigne pas même appesantir son bras sur les coupables. 11 se contente de les livrer à leur dépravation , qui suffira pour les punir. Du péché même , dit la Sagesse éternelle , naîtra la punition (1). Juste jugement de la Providence , qui , de la faute même , fait ressortir la peine. Combien de fois une mort prématurée a->t-elle été l'effet d'une jeunesse débordée I Combien de pères , à la douleur profonde de la perte de leurs enfants , ont joint le remords de l'avoir causée par leur négligence I

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